21.10.2007
En attendant les médiateurs
En 1990, Laurie Parsons réalise sa troisième exposition personnelle. La galerie Lorence-Monk est "rafraîchie" pour l’occasion : une couche de blanc sur les murs, quelques ampoules neuves, mais l’artiste n’expose rien et ne signe pas sa non-exposition. (…)
Sa démarche continue à interroger notre rapport à l’esthétisme et au social.
(Extrait du catalogue "The third mind", Palais de Tokyo, Paris, 2007.
Ici l'une des oeuvres phares de l'expo : Laurie Parsons, "Troubled")
Parmi les quelques expériences du vide que l’on faire à moindre frais, il y a toujours la-visite-au-Palais-de-Tokyo. L’exposition du moment n’échappe pas à la règle. Une exposition qu'aucun historien de l'art ne pourra jamais imaginer, clame le catalogue. Quel honneur pour les historiens de l’art.
La visite se résume vite : une quinzaine de salles, des "œuvres" un peu partout, et au final un vide profond comme l’insondable mépris dans lequel les gardiens du lieu semblent tenir le public depuis longtemps. On aimerait, pourtant, comprendre aimer ressentir s’émouvoir s’insurger s’arrêter s’interroger… Rien de tout ça. Restent l’indifférence, l’incompréhension… et le rire. Un rire qu’on partage souvent avec les autres visiteurs mais il est vrai qu’à force ils ne sont plus nombreux. « L’art questionne notre rapport au monde », lit-on souvent. En l’occurrence il questionne plutôt son rapport à lui-même, il fonctionne en vase clos, il se fout de nous, au sens propre.
Comme rien ne jaillit des œuvres présentées, on guette une petite étincelle dans un titre, dans un texte… Manque de pot, la plupart des œuvres sont « untitled »… Pour le reste on nous invite gentiment à nous adresser au "Bureau des médiateurs".
Mais voilà : il est vide aussi, le Bureau des Médiateurs.
Alors, en fouillant un peu, on trouve le texte fondateur de l’exposition. Et c'est là, au détour d'une pafge de catalogue, qu'apparaît l’art pur. Le foutage de gueule haut de gamme. Ainsi donc nous viendrions d’assister à une sorte de grand jeu (ils ont dû bien se marrer, au vernissage), une exposition-énigme où l’on se demanderait « Qui a tué l’art ».
Etonnant, notre enquête avait plutôt conduit à une tentative de suicide.
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15.10.2007
Littératures trentenaires, donc
- Heu… répondent les trois auteurs.
- Bon, c’est pas grave, j’ai lu vos livres, on va parler d’autre chose. De toute façon mon métier c’est de brasser du vent, hein ? rassure la grande professionnelle. Allez hop hop hop, on y va !
Il n’en fallait pas plus pour nous donner envie de finalement nous emparer du sujet. Il suffisait de le mettre au pluriel pour le rendre passionnant.
Une génération née dans un monde ready-made. Tout était déjà prêt, comme une donnée intangible, on n'avait plus qu'à vivre dedans. D’un côté la liberté - conquise par la génération précédente, érigée en valeur suprême mais déjà recyclée en publicité entre deux Casimir. De l’autre les contraintes – pour travailler faudra s’accrocher, pour baiser faudra se protéger.
Est né de tout cela une génération sans figure emblématique, une génération qui fait ce qu’elle peut plus que ce qu’elle veut. Et donc une littérature diverse, foisonnante mais sans « leader » ni « courants littéraires », tentatives individuelles pour comprendre ou fuir les systèmes imposés, et non pour en inventer de nouveaux.
L’histoire en retiendra ce qu’elle voudra – peut-être rien. On oublie toujours les b(r)ouillonnements dont naissent les courants.
Et le vent brassé par les journalistes.
10:22 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
11.10.2007
La table du Salon
Souvenirs de Salon du livre à Paris : des auteurs inconnus, attablés seuls derrière une pile de livre, la mine fatiguée et le crayon tout triste de ne signer aucune dédicace. Et l’on n’ose pas aller les voir, ces auteurs - d’abord parce qu’ils font la gueule, ensuite parce qu’au moindre échange on se sentirait obligés de l’acheter, leur livre, et que bon.
Heureusement, j’ai connu quelques jolies exceptions.
Je dis « heureusement », parce que ce week-end, ce sera mon tour d’être derrière la table, au salon du Mans. Au moins je sais à quoi m’attendre, on tentera de casser les codes et de s’amuser un peu.
Reste à savoir qui le Grand Organisateur m’attribuera comme voisins – la rentrée littéraire est un peu comme une rentrée des classes, on espère avoir avec soi quelques cancres, éviter les premiers de la classe et choper les redoublants déconneurs plutôt que les blasés. On verra bien.
L’autre grande nouveauté de ce week-end, ce sera la participation à une « table ronde » - si j’ai bien compris, une sorte d'amphi où on pourrait refaire le monde sauf qu’on préfère tourner en rond que monter sur les tables.
Comme on ne refuse pas des expériences quand elles sont joliment demandées, j’ai donc accepté de participer à une table ronde sur le sujet suivant :
Heu…
Je veux bien que "les trentenaires" soit une espèce nouvelle, un sujet d’étude – d’études marketing, surtout, parce que vous remarquerez, quand on évoque "les trentenaires" dans la presse, on ne les voit jamais que urbains, plutôt aisés et célibataires et fuyant leur peur des responsabilités dans une consommation effrénée – en résumé (tiens donc!) : la cible préférée des publicitaires.
Est-ce que cela fait une littérature ? Evidemment, non. Depuis quelques années j’en ai lu, des livres de trentenaires, et outre qu’on s’en fout un peu je serais bien en peine de dégager des points communs. Tant mieux, d’ailleurs.
Allez, un point commun, peut-être : un souffle court, parce que ce n’est pas notre génération bien sage qui inventera un nouveau monde, mais celle qui vient, là maintenant. Mais là encore, ça ne définit rien.
Bref, face à l’évidence je suis un peu en manque d’arguments. Des pirouettes, j'en ai plein, je pourrais aussi mettre les pieds dans le plat mais voilà, je suis un garçon bien élevé, on m'a toujours dit qu'il fallait bien se tenir à table.
Alors si vous voulez bien m’aider – juste d’une petite piste, m’sieurs dames, vous me permettrez peut-être d’éviter une connerie, par exemple demander à l’une des participantes (dont j’ai appris incidemment qu’elle était née en 1965) si elle écrit différemment depuis qu’elle a passé la quarantaine…
En attendant, je vais réviser ce livre – Les générations mutantes. Parce que littérature ou pas, le prochain 68, mes amis, c’est dans moins de 10 ans.
A table !
09:35 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
23.07.2007
Libér(alis)ez-nos-camarades !
Ainsi donc la libéralisation du 12 serait une vaste arnaque.
Sans blague ?! La concurrence libre-et-non-faussée ne profiterait donc toujours au consommateur ? Dingue.
Et pourtant ça ne nous empêchera pas de continuer, parce que les secrets de polichinelle sont les mieux gardés.
Et le secret de polichinelle d’aujourd’hui, c’est le suivant : tel qu’il est professé aujourd’hui, le libéralisme économique (qui serait le stade ultime et naturel de l’évolution du monde) n’est qu’une bonne vieille idéologie, comme tant d’autres, relayée par Bruxelles avec un zèle de premier de la classe – et par nos amis consultants avec une bonne foi terrifiante.
Une idéologie, donc.
Ceux qui en profitent financent ceux qui nous en parlent, et hop ! la boucle est bouclée, et la ceinture avec.
(avec des discours, comme le souligne McLiam Wilson, incroyablement faciles. Tenez : dans les mois à venir, comptez le nombre de fois où on essaiera de vous vendre un truc - une mesure gouvernementale, par exemple - avec pour seul argument que c’est « moderne »)
Oups... Et dire qu’au départ je ne voulais pas parler politique, juste saluer le plaisir que j’ai eu à retrouver Robert McLiam Wilson (l’auteur du grand Eureka Street – pour ceux qui ne connaissent pas, voir ici) et à commencer Les Dépossédés, récit sensible de l’Angleterre thatchérienne.
Du coup je vous en reparlerai, tiens.
A bientôt.
00:25 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
09.07.2007
Rien ne presse dans le caniveau
« - La France me semble mûre pour une vraie presse de caniveau.- Ah non !
- Et pourquoi pas ? Il a raison, il n’y a qu’en Fr…
- Saignant le filet, s’il vous plaît.
- En tout cas, le meilleur moyen de savoir, c’est d’essayer.
(...)
A ma grande surprise, je restais indécis. J’étais sûr que ça marcherait, pourtant, et l’aventure était tentante. Mais dans mon hémisphère droit résonnait une voix inédite qui ressemblait étrangement à celle d’Emma, et qui me suggérait doucement qu’il était peut-être préférable de vivre dans un pays sans presse de chiottes. »
Donc, Springer ne sortira pas son Bild à la française. Ce n’est pas cette année encore que le pays d’Astérix, de L’Equipe et du Canard Enchaîné rentrera complètement dans le rang libéral-populaire.
C’est une bonne nouvelle.
Cela dit, ça ne dispense pas de poser la vraie question : si ce n’est pas un tabloïd aux capitaux étrangers, qu’est-ce qui pourrait bien réveiller les médias français et les faire sortir du gentil suivisme institutionnel dans lequel ils se complaisent gentiment ?
La question reste ouverte.
(PS - Vu le journal télévisé, la semaine dernière. Je me suis souvenu des journaux de la télé d'Etat égyptienne, et ces longs plans fixes sur le bureau de Moubarak recevant les visiteurs de la journée.
L'agenda du Président et des ministres en cour du moment : l'habillage français est plus moderne, mais le fond reste le même.)
09:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
05.07.2007
Crédit-pages
Il y a les scientifiques qui pressentent des théories et passent des mois à tourner autour pour la valider, la préciser.
Il y a tous ceux qui se foutent des théories.
Et il y a une catégorie de branleurs un peu spéciale - les littéraires, qui tournicotent le nez en l’air autour d’une idée en attendant qu’une théorie leur tombe dessus comme une évidence.
L’avantage des théories simples, c’est qu’elles sont souvent vraies, que c’est parfois un plaisir lorsque soudain la réalité les invalide (le petit grain de sable est plus intéressant que la machine)… et qu’on les remplace facilement.
Je n’ai pas élaboré beaucoup de théories dans ma vie (je veux dire : des théories dont je me souvienne le lendemain), mais il en est une qui depuis dix ans ne s’est jamais démentie : celle du crédit-pages.
C’est une théorie qui vaut pour les auteurs qu’on n’a pas encore lus – par exemple les auteurs de premieroman (vous savez, ce truc devenu un genre-en-soi, dont on s’amuse à la rentrée).
Le principe est simple : à chaque fois que vous ouvrez un nouveau livre, sans en avoir exactement conscience, vous accordez à l’auteur un crédit de X pages pour vous intéresser à son histoire, faute de quoi vous le renverrez au fond de l’armoire de vos déceptions littéraires.
Ce « X » est une synthèse complexe de facteurs très divers – dans le désordre : le titre du livre, l’éditeur, l’illustration de couverture, le texte de 4e de couverture, une interview entendue à la radio, une critique lue dans un journal, un écho dans un dîner, le conseil d’un ami (essentiel), la trombine de l’auteur… Et j’en oublie, bien sûr (mais vous me le direz, bien sûr ; les théories, c'est quand même mieux à plusieurs).
Le crédit-pages dépend aussi de la personnalité du lecteur : certains n’ont aucune scrupule à abandonner un livre en plein milieu lorsqu’il s’y sentent mal installés ; d’autres sont capables de s’accrocher comme s’ils s’imposaient une épreuve (deux hypothèses : l’obsession de finir ce qu’on a commencé ; le fol espoir d’une grande révélation finale) ; j’en connais enfin qui lisent en sautant des passages entiers – même quand ils aiment le livre.
Dernier facteur : les conditions d’achat. A moins que vos moyens ne soient illimités, le crédit-pages sera toujours plus élevé pour un livre acheté neuf que pour une occase – a fortiori un livre emprunté en bibliothèque.
Et voilà. J’en étais là, tranquille avec ma petite théorie pas très utile, quand soudain elle m’a rattrapé avec une force que je n’avais pas imaginée.
Car il existe une catégorie de lecteurs un peu particuliers, pour qui le crédit-pages est un élément essentiel.
Des lecteurs qui n’achètent jamais de livres, croulant déjà sous le poids de ceux qu’ils reçoivent ; des lecteurs qui par essence mettent la barre très haut et fixent le X très bas (entre 0 et 10 pages, je dirais) ; des lecteurs qui plus que les autres (si j’ai bien compris) aiment en savoir plus sur l’auteur avant d’ouvrir son livre…
J’allais vous en parler, de ces lecteurs, mais je suis déjà long, mon crédit-lignes s’épuise.
J’y reviendrai, promis – ici ou de façon strictement confidentielle...
A bientôt.
14:40 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note
13.06.2007
Questions ou réponses ?
L’envie d’écrire revient peu à peu, encore balbutiante. Je tourne autour, je guette, je provoque. Bientôt viendra l’heure.
En attendant, bavardons…
Le grand rock, pensais-je, c’est un truc prétentieux fait par des types humbles. La littérature aussi, entre (gros) orgueil et (vraie) humilité.
Et j’imagine que cela vaut pour toute activité artistique.
Mais les écrans de télévision et les pages des magazines sont remplis de gens prétentieux qui nous vendent des semi-bouses pré-emballées avec un petit nœud de fausse modestie pour faire artiste. D’où ma question, hier : être content de soi, est-ce un début ou une fin ?
Et une question connexe : le très humble et terriblement prétentieux T-E Vaquette me soumet cette citation du fou Hallier (Jean-Edern) : « la Classe ne s’acquiert pas. Cette mystérieuse supériorité technique de la morale, c’est de faire modestement mais avec un orgueil inouï ce pour quoi l’on est fait. »
J’aime beaucoup cette phrase – et pourtant je n’ai jamais pensé que nous étions "faits pour" quoi que ce soit…
Voilà une belle question pour commencer la journée.
Tiens, c’est peut-être ça, le propre des gens taillés pour la promotion : ceux qui préfèrent les réponses aux questions.
11:05 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
13.05.2007
Une certaine vision de l'Europe
Mais au fond, le meilleur moyen de tirer de vrais enseignements sur ce non-événement, c’est encore… de ne pas regarder.
Car avec le recul apparaissent les évidences. Pas besoin d’écouter quoi que ce soit pour savoir que les Chypriotes votent pour les Grecs, les Bosniaques pour les Serbes et Norvégiens pour les Suédoises… L’Eurovision, ce n'est pas de la chanson (ça se saurait), c'est de la géopolitique.
Les chiffres ne mentent pas. Pas la peine d’aller chercher très loin le bilan des années Chirac ! Il tient tout entier dans le tableau des résultats de l’Eurovision. Souvenons-nous de ces discours enflammés, qui nous parlaient d’une France qui devait "tenir tout son rang sur la scène internationale", etc. Eh bien, voilà ce que ça donne...
La "place de la France" ? Ben... Avant-dernière, comme l’an dernier.
Et la "diplomatie Chirac", alors ? Elle a bien fonctionné avec Andorre (dont le Président français est aussi souverain). Sinon, les seuls pays à avoir nous donné quelques miettes sont l’Albanie, l’Arménie, l’Estonie et la Lituanie. Voilà donc ce qui reste de la francophonie !
Oui vraiment il était temps d’avoir un de changer de Président. Malheureusement, les mêmes Français qui votent à l’Eurovision par SMS sur France 3 ont élu Nick Sarkozy, qui n’a pas rapporté le moindre point de Malte (premier camouflet), et qui s’accroche à ce sempiternel discours creux sur une France forte dans une Europe forte.
Décidément, il serait temps de changer de disque.
17:20 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
07.05.2007
Dépouillement
Alors vite avant quon ne tire la chasse d'eau des bilans vite faits deux petites réflexions, comme ça, parce que je ne l'ai pas lu ailleurs.
1. La bonne nouvelle avec le score du Pen, ce n’était pas la fin des idées du FN. C’était la fin de l’anti-lepénisme, cette bonne conscience au goût de gloubiboulga qui a servi d’unique pensée à tout une génération de gauche aujourd’hui bien emmerdée.
2. L’entre-deux-tours aura montré à quel point l’anti-sarkozysme est aussi contre-productif que l’anti-lepénisme (comme jadis l’anti-mitterrandisme, souvenons-nous, quand on disait que la France avait la droite la plus bête du monde).
Bilan : on ne gagne jamais sur l’anti-truquisme, voilà la leçon. Ceci posé, maintenant on peut recommencer (enfin).
Hier soir, pas envie d’entendre les discours, pas envie de voir des chiffres sur des écrans et des motos filmant un président. Le seule solution, c’était le dépouillement.
Autour de la table, quatre citoyens lambda. Entre nous, deux cents bulletins, une règle du jeu et une même déception. Et l’envie, absurde mais forte, de compter un maximum de bulletins Royal tandis que la France en mouvement faisait déjà la fête à la Concorde avec Bigard et Mireille Mathieu.
A quatre autour de la table, nous avons goûté ce cérémonial simple comme nous avions eu plaisir à faire la queue avant d’entendre « a voté ».
Ce qui m’aura le plus frappé, c’est la facilité avec laquelle nous aurions pu tricher, ajouter quelques petits traits de plus dans la deuxième colonne. Dérisoire, bien sûr, mais ça aurait fait du bien. Eh bien non. Evidemment. Les petites gens sont des gens sérieux, nous avons honnêtement compté et recompté, signé les enveloppes et les bulletins nuls aux inscriptions rageuses.
Résultat : Royal, 139 / Sarkozy, 56 / nuls, 5.
Il semblerait que la reconquête commence par mon quartier.
Je vais y faire un tour, je vous raconterai.
16:04 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
20.04.2007
L'Equipe de campagne
Septembre 2000. Je suis à New-York, la campagne présidentielle est bien lancée entre George Bush et Al Gore.
Dans les journaux, les scribouillards US commentent le budget de campagne et les stratégies de com des deux candidats et abreuvent le lecteur de statistiques (Al Gore va descendre en bateau le Mississipi, c’est la première fois qu’un candidat démocrate fait ça depuis 1956, analysons les conséquences possibles sur le vote noir, le vote des femmes et le vote juif). Et des sondages, bien sûr. Parfois, dans un coin, un encadré sur les programmes, mais pas toujours. L’élection vue en direct du bureau des tacticiens.
Tous les matins, j’ai l’impression de lire L’Equipe meublant ses pages foot avant une finale de Coupe du monde. Et je me dis qu’en France on est quand même loin de ça. (ha ha)
France, avril 2007. « Cette campagne passionne les Français », dit un type sur TéléCoca à l’heure de l’infomesse.
Attention : ce type est un représentant de commerce déguisé en sondeur. Il est là pour vendre sa soupe. Et la base, pour intéresser les gens à un spectacle moyen, c’est de leur dire que c’est passionnant. D’ailleurs le journaliste opine – oh oui alors, quel suspense, même qu’il y a du monde dans les meetings.
Ça, c’est vrai. Mais s’il y a du monde dans les meetings, c’est peut-être parce que sur l’écran la politique a disparu.
Du commentaire de sondage, du suivi de petite phrase (ça on connaissait), c’est quand même plus facile. Ce n’est plus L’Equipe, c’est la Ligue 1 sur Canal+.
Le journaliste commente l’action en direct (oh là là, boulette de Royal, contre de Bayrou, hors-jeu de Sarkozy non signalé par l’arbitre), avec à ses côtés l’inusable politologue en consultant technique. (Parce qu’un sondage, ça peut se commenter longtemps entre deux pubs).
Ce matin, France Inter, revue de presse. L’éditorialiste Machin se plaint de la trop grande place prise par les sondages dans cette campagne.
Ah oui ? Alors je vais te donner une idée, gars : au lieu de commenter les sondages le lundi et d’écrire le mardi que les sondages ça suffit, tu peux faire ça : le lundi tu réfléchis, tu vas au café ou au ciné, et le mardi tu nous écris un truc qui fait avancer le débat, avec de vrais morceaux d’idées dedans. Comme ici, par exemple. Merci.
Donc non, la campagne n’a pas été passionnante. A la limite, elle n’a pas été.
Et sur les terrasses des cafés, ces derniers jours, autour de moi les gens ne commentaient pas les sondages, mais se demandaient vraiment pour qui ils allaient voter.
Ils auraient mérité une campagne, nous n’avons eu un feuilleton moyen.
PS 1 – « pour un bon spectacle, il faut de bons joueurs », explique un dirigeant de Canal + à propos de la Ligue 1 de foot.
C’est valable aussi pour cette élection.
En foot je ne suis pas sûr, mais en politique assurément, vivement qu’on se dissolve dans l’Europe.
12:20 Publié dans Chroniques | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note


