04.11.2009
Le baobab de Stanley
Je ne suis jamais allé en Afrique. Du moins, jamais en Afrique noire. J'ai lu des romans, de locaux ou de voyageurs (Boyd, Kourouma, Ravalec), vu des images, entendu plein d'histoires. Juste de quoi confirmer qu'aller en Afrique n'aurait rien à voir avec n'importe quel autre voyage.
Un jour, on m'a proposé de suivre une tournée en Afrique. D'en faire le scribe. Ce n'était pas vraiment une proposition, plutôt une de ces belles idées de fin de soirée. J'aurais dû sauter sur l'occasion, mais elle venait un poil trop tôt - et puis c'est con, c'est très con, mais il restait ce fond de crainte (d'être déçu? d'autre chose?), alors j'ai hésité une seconde, et hop! l'idée s'est envolée. Provisoirement, j'espère.
Je n'étais jamais allé en Afrique, donc, mais j'en reviens tout juste.
Je suis parti avec Guillaume Jan, sur les recommandations d'un autre grand voyageur. Le baobab de Stanley commence, j'imagine, comme beaucoup de récits de voyage : un type se fait plaquer, il a du temps devant lui, pas de projets précis, alors il décide de partir loin, le plus loin possible - et le plus loin, c'est la lettre Z.
Zanzibar, donc. Puis la continent, la Tanzanie, et le chemin de l'Ouest - celui de Stanley en 1877, quand il a découvert le fleuve Congo. Guillaume Jan voyage, au sens pur du terme. Au gré de ses finances et des possibilités de transport Jusqu'à Boma (Congo), sur l'Atlantique. C'est dans ses chaussures qu'on découvre l'Afrique - celle des bus, des barges, du made in China dans les cases au bord du fleuve, des motos qui vous font taxi et que vous vous retrouvez à pousser sur des kilomètres.
Le voyage est long, le livre est court, les deux sont riches. Les élans de romantisme voyageur sont vite stoppés par une piqûre de moustique. L'auteur est trop fin pour ça. (Pratique, la finesse, pour s'effacer derrière son texte.)
Le baobab de Stanley, c'est l'Afrique par petites touches, et chacune qui fait mouche.
Bon voyage.
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05.10.2009
L'amant interdit
Traumatisée par son premier amant à l'Université (un footballeur - autant dire un beau salaud), la belle Karyn n'a pas eu d'homme depuis cinq ans. Cinq longues années à prendre des bains en écoutant la radio, à lire des blogs de filles et à se dire que finalement elle est très bien comme ça. Mais bien sûr, la lectrice n'est pas dupe (elle n'a pas choisi au hasard la collection Audace).
Evidemment, elle a trop envie de baiser, Karyn.
Sauf qu'elle a peur.
Il te faut un homme capable d'être patient et d'attendre que tu sois prête, résume Anne, sa meilleure amie (pas de Harlequin sans meilleure amie) en allumant la radio pour écouter l'émission de Docteur Désir (oui, oui). Mais comment faire ? Karyn a déjà épuisé tous les psychothérapeutes de la ville (c'est vrai qu'elle est un peu fatigante), et le chocolat ne résout pas tout.
Alors Anne prend le taureau par les cornes et le téléphone par surprise. Elle appelle la radio, demande Dr Désir et met le combiné dans la main de Karyn. L'héroïne va-t-elle se défiler ? Au contraire ! Le feu aux joues, envoûtée par la voix chaude et ténébreuse du Docteur, en direct à l'antenne, elle lui demande... de faire l'amour avec elle.
Oui Madame !
Et nous n'en sommes qu'à la page 12.
Pressé par des auditeurs en émoi, Dr Désir accepte de dîner avec Karyn. A contre-cul. Mais quand il la voit, qui l'eût cru ? Il est troublé. Elle est si belle ! En gentleman pourtant il se promet de ne pas coucher avec elle : il risquerait de lui faire trop mal (psychologiquement, s'entend (vous vous croyez où?)). Alors, à la fin de ce (très) long dîner, riche en omega 3 et en monologues intérieurs, il maîtrise ses pulsions et embrasse Karyn... sur le front. Horreur !
Elle rêvait qu'il prenne les devants, maintenant elle prend la mouche.
Nous sommes page 63.
Sa raison aurait voulu le gifler pour lui faire payer cet affront*, mais son cœur, qui espérait toujours un vrai baiser, l'en avait empêchée. Trois jours plus tard, son cœur l'espérait toujours. Chris hantait ses jours et envahissait ses nuits.
(* subtil jeu de mot de la traductrice - les Harlequin sont bien meilleurs en VF)
Ô, impitoyable incertitude de l'amour ! Pendant 150 pages, Karyn et Chris (car sous Dr Désir se cache un homme, avec un prénom, un cœur et une) vont se chercher, se manquer, se trouver, se perdre, se retrouver...
Le lecteur fruste pourrait buter devant les circonvolutions des cœurs déchirés de ces deux personnages perdus dans une histoire cousue de fil rose. Quelle tristesse ! Car si L'amant interdit éblouit par son départ en fanfare, après la page 64 l'oeuvre confine au sublime. Avec un suspense majeur, mené de plume de maître : comment diable atteindre les 224 pages prévues au contrat ?
(Laçon n°7 : La contrainte stimule la création)
Entre cul et cucul, Kara Sinclair ne recule devant rien pour reculer l'échéance. Une même scène qui se répète à 50 pages d'intervalle, une longue promenade à cheval tout en métaphore ("l'après-midi enfin l'avait détendu", magnifique), un méchant qui vient les surprendre au moment où... Jusqu'aux hésitations surhumaines de Dr Désir, capable d'étaler de nobles pensées sur dix lignes tout en réajustant son jean pour tenter de soulager son sexe dressé contre la fermeture éclair. Quelle tension narrative !
La traductrice Isabelle Donnadieu (on ne cite jamais assez les traducteurs) n'est pas en reste, ne renonçant à aucune tournure précieuse pour gagner une ligne, n'hésitant pas, page 132, à glisser un de façon à ce que au milieu d'un dialogue - de l'Audace, on vous dit!
La raideur de la morale se noie peu à peu dans un style ruisselant d'adjectifs, le crescendo est insouteneble - et quand enfin la zigounette turgescente (what else) de Chris pénètre le pilou-pilou en feu de Karyn, quand dans un dernier coup de rein il la rejoint dans la jouissance, l'extase est quasi-religieuse.
Et encore, je ne vous dis rien de ce final haletant, ni de cet audacieux épilogue en pique-nique (véridique). Je m'en voudrais, et je suis déjà bien assez long (soyons métonymiques).
Bref - disons-le sans fard : la collection Audace porte son nom à merveille. Dans la construction, Kara Sinclair ose la transparence - une sorte de mise à nu de l'auteur dans un scénario avec ficelles apparentes. Ensuite il y a la vie, la vraie. Chez Harlequin, aujourd'hui, on ose le mot masturbation - et même la chose !
Et le style, enfin. Inimitable.
Son désir rugissait dans ses veines, comme un torrent impétueux prêt à rompre ses digues, ça vous vaut presque l'Académie.
C'est bien simple : on dirait du Giscard.
Dr Désir.
PS - tous les billets des "Harlequinades 2009" sont chez Fab'shion...
(Et pour le tout début de l'histoire, c'est ici, juste en-dessous)
09:37 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note
22.06.2009
Tomber amoureux
"(...) Peu importe qu'il soit un quiproquo : que l'amour soit réciproque ou malheureux, tomber amoureux est toujours un début de victoire." (R. Enthoven, juin 2009)
Il y a longtemps que je n'avais pas lu de livre qui transporte, du genre il-était-une-fois avec du neuf dedans. Longtemps aussi que je n'avais pas lu de livre d'une traite, en pleine nuit, quand la vie dehors n'existe pas, quand on ne devrait pas mais que, quand on est dans le livre et qu'il ne nous laisse pas sortir.
Sur ma table de nuit s'accumulaient des livres que je n'avais pas très envie de finir. Et puis, au-dessus de la pile est arrivé Un temps fou.
Depuis son premier roman je suis sensible à la musique de Laurence Tardieu. Ses histoires sont dures mais les mots restent légers, et quand le livre se referme reste le souffle. Avec le dernier pourtant, le charme n'avait pas agi, je ne sais pas pourquoi les mots restaient collés à la page. Alors cette fois j'y suis allé avec précaution. J'avais peur d'être déçu et que ça soit de ma faute.
Mais le charme est revenu.
Un temps fou : un homme, une femme, une étincelle. Puis un souvenir, plus fort encore. Six ans plus tard, Maud (la narratrice) est mariée, elle a une fille. Mais l'homme rappelle, l'étincelle à nouveau - et le livre commence.
On se demande où tout cela va mener ou plutôt non, on ne le sait que trop bien et on a envie de s'y laisser conduire, le désir est contagieux, sortir de nos vies, hésiter, lâcher prise...
Et puis, vers le milieu du livre, alors que les deux protagonistes ont enfin cédé à l'inéluctable, la perspective change, l'histoire repart. L'amour, toujours. Se relever sept fois, tomber huit.
Vers 3 heures j'ai reposé le livre doucement au-dessus des autres. Ce que je sentais, c'était l'envie qui revient, du livre vers le cœur et qui monte à la tête. J'ai passé une bonne nuit, en espérant bien qu'elle me mènerait vers d'autres.
Il y en a eu une autre, d'ailleurs, de nuit. Toujours avec un livre, mais c'est un bon début.
Dimitri Bogrov (de Marion Festraëts et Benjamin Bachelier) est une BD mais se lit comme un livre, paroles et dessin qui ouvrent l'imaginaire.
L'histoire ? Un train pour Kiev dans la Russie de 1911. Un homme, une femme, des regards, un début, une histoire. Elle s'évanouit (dans la nature), il part à sa recherche, la retrouve, tente, échoue, retente... L'illustration est fine, les dialogues aussi, une belle dose d'énergie.
Je ne sais pas parler de BD, sorry, mais on en cause très bien ici.
Pas sûr que l'été soit très littéraire. Faisons en sorte qu'il soit romanesque.
08:47 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
25.04.2009
Bas les coeurs
Idée reçue : avant 1940, les guerres étaient simples :
Option 1 : de Grands Empereurs se lançaient dans de grandes conquêtes ; ils conquéraient des pays entiers et leur apportaient la civilisation (quand ils étaient français), ou alors ils mettaient les villes à sac (mais ça on n'en parlait pas beaucoup). Sauf qu'il ne fallait pas faire ça trop loin de chez soi, parce qu'alors c'était la Bérézina.
Option 2 : deux camps, des armées réduites, un champ de bataille officiel, un jour précis (plus pratique pour les livres d'histoire), hop on les lançait les uns contre les autres, un peu comme un tournoi, à la fin de la journée il y avait un vainqueur et zou, quelques territoires basculaient.
Il y avait 14-18, bien sûr, avec des armes modernes mais au fond c'était toujours pareil, chacun son camp et on attaque, sauf que ça n'avait pas duré un jour mais quatre ans.
Puis est arrivée la deuxième guerre, et là, on a inventé des choses toutes nouvelles : les déportations, la collaboration, la résistance.
Bon, pour les déportations, d'accord. Mais pour le reste, Darien nous fait vite comprendre qu'on n'avait pas inventé grand'chose (c'est vrai qu'à l'époque peu de gens l'avaient lu, ce livre).
Bas les cœurs, c'est la guerre de 1870 vécue de l'arrière par le gamin d'une famille versaillaise, entre propagande officielle, préjugés officieux et arrivée des officiers allemands. Dans les rues de Versailles, on crie Vive l'Empereur, puis Vive la République, et puis on travaille pour l'Etat-major allemand. Le père collabore avec entrain mais le grand'père, lui, fait de la résistance tout en livrant son ennemi aux Prussiens pour devenir maire à la place du maire. Ah tiens ? Résister, collaborer. Au fond, c'est si naturel.
Et puis, Bas les cœurs, c'est Darien. Darien jeune, mais déjà la plume joyeusement blasée, l'anarchisme léger et la férocité au coin des phrases, l'air de rien, comme Marcel Aymé plus tard. Un vrai bon Darien.
"La France est divisée en deux camps : une minorité turbulente et malsaine, plus disposée à tourner ses armes contre les prêtres que contre les Prussiens (...) et la grande majorité de la nation, effrayée de ces menaces de révolution sociale et demandant la paix à tout prix. Que lui importent l'Alsace et la Lorraine ? Les Français n'ont plus depuis longtemps qu'un désir : vendre cher leurs produits et vivre grassement dans les jouissances de la matière." (G. Darien, Bas les cœurs, p. 238)
09:05 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
26.01.2009
Plage de Manaccora, 16h30
Chacun a ses petits rites, j’imagine, quand il s’agit de se remettre au travail.
L’important, dans mon cas, c’est de retrouver l’envie. Alors il y a des livres, comme ça, que je garde pour le moment où.
Echenoz, par exemple. C’est inégal, Echenoz, mais à chaque fois il me donne envie d’écrire. Les grandes blondes, par exemple – certainement pas son meilleur livre, mais toujours cet art du décalage(TM) de l’angle d’attaque qui fait qu’ensuite l’écriture semble facile.
Et puis (et surtout) Jaenada. Quand je lis du Jaenada, je n’y peux rien, mon crayon court tout léger sur la feuille, il se met à multiplier les parenthèses sautillantes, il me dit merde quand je voudrais le brider, il me dit Laisse-moi finir tu reviendras dessus après si tu veux, il me dit Souviens-toi quand je t’ai pondu La Faune on the Flore en trois jours, il me crie Sois généreux pour une fois et promis j’essaie d’être bon, et drôle, et généreux aussi.
Bref : quand je lis du Jaenada, j’ai une furieuse envie d’écrire du Jaenada.
Malheureusement, l’effet magique ne dure pas très longtemps. C’est peut-être ce même phénomène qui fait que Jaenada n’avait pas écrit de roman depuis longtemps – c’est que ce n’est pas si simple, d’écrire en sautillant, il faut sacrément tourner autour de son sujet avant que le stylo ne vous brûle les doigts et que soudain, hop ! tout coule.
Plage de Manaccora, 16h30, donc.
Ce n’est pas exactement un livre drôle et sautillant, en fait. Faut dire que l’histoire s’y prête peu (un incendie ravage la forêt et une centaine de vacanciers se retrouve prisonniers sur une plage, entre la fumée qui gagne du terrain et la mer d’où aucun secours n’arrive). Mais l'effet magique fonctionne quand même.
La force de la parenthèse, ici, c’est qu’elle peut vous faire rire au moment le plus tragique sans que l’ensemble ne perde en profondeur. Et la force de ce bouquin, c'est qu'il montre qu'on peut sortir de la légèreté sans être lourd. Et voilà un vrai beau livre – les aventures d’un type normal dans un contexte exceptionnel, si on voulait résumer à la hache. Sauf que le type normal, on est bien content que ce soit celui-là.
(Est-ce parce qu’après quelques livres et autant de bières on finit par connaître un peu le bonhomme ? Est-ce simplement qu’on est plus exigeant quand on est conquis d’avance ? Si j’étais critique littéraire, je noterais que le livre va crescendo. Comme si les parenthèses tournaient à vide avant d’être emportées par l’histoire. Plus l’histoire avance, plus l’écriture est intense (et sans suspense à la con – pas besoin), plus les sujets sont profonds (quand arrive la certitude d’une mort prochaine, ça se comprend) et plus on rit – pour se libérer, sans doute. Jusqu’au dernier chapitre, où on ne rit pas du tout, mais où simplement on est là, pris dans l’histoire, faisant corps avec le narrateur même quand hébété il ne fait plus rien. Si j’étais critique littéraire, j’essaierais de faire des phrases là-dessus. Heureusement, je suis juste lecteur. Alors je te dis, l’ami, comme à la plage – vas-y, désappe-toi et viens, elle paraît un peu froide au début peut-être, mais une fois que t’y es, elle est drôlement bonne. Allez, salut.)
11:25 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
19.12.2008
Petit monde, Dernier monde
Ah, le roman français ! Il va mal, il ne s’aime plus, il regarde son nombril plutôt que le monde… On finirait par le croire.
Mais si les commentateurs officiels du petit monde des chiffres et des lettres passaient moins de temps à regarder le nombril de leurs voisins, ils en gagneraient pour lire des livres qui.
M’enfin. On connaît le refrain. Donc, c’était à la rentrée 2007 (toujours elle? ben oui). Je me souviens d’avoir entendu parler ici et là d’un roman-d’anticipation-qu'avait-l’air-vraiment - le genre d’infos qu’on archive en passant, peut-être bêtement en attendant qu’un grandmédia® valide le tuyau. Sauf que si je me souviens bien, à l’époque les grandmédias étaient surtout occupés à interviewer Mazarine Pingeot et à commenter le passage de 95 à 92 ans de l'âge limite pour les jurés du Goncourt.
Ainsi donc il y avait cette info, archivée quelque part. Et il a fallu une bonne année, un aticle de Standard et l’obstination enthousiaste de Christophe Paviot, sur Strictos et sur le Buzz littéraire, pour qu’enfin je l’ouvre, ce livre.
Le dernier monde, de Céline Minard, donc.
Mais vous voulez peut-être savoir de quoi cause le livre, surtout.
OK.
C’est l’histoire d’un cosmonaute en mission dans une station orbitale. Quand Houston rappelle tout le monde sur Terre après quelques étranges phénomènes, Stevens décide de dire merde et de rester tout seul là haut. Page 100, il revient enfin. Mais il n’y a plus personne sur Terre. Page 150, il comprend ce qui s’est passé. Jusque là, c’est du très bon. Mais il reste 350 pages et on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire tout seul tout ce temps-là.
Eh bien, il trouve. D’abord, il doit composer avec les animaux (rats, lions, porcs et autres), tâcher de faire survivre sa petite République humaine. Ensuite il se donne ce défi – ranger la station, comme là-haut. Et puis surtout, il n’est pas seul. C’est une histoire à quatre que raconte Céline Minard – celle de Stevens, de sa Peur, de sa Mémoire triste et de sa Part de féminité, qui s’engueulent gentiment et tentent de coopérer tout en se disputent la narration.
Bref – si on en voulait, du roman-monde, en voilà un vrai, un beau. Avec quelques envolées haut perchées dans lesquelles on peut plonger ou qu’on pourra sauter allègrement pour mieux goûter la suivante (je crois qu’il n’y pas un seul grand livre dans lequel je n’aie pas sauté de paragraphe). Et surtout, quelques-unes de ces pages qui vous scotchent au lit alors que vous aviez vraiment prévu de vous coucher tôt.
De toute façon, le monde des livres appartient à ceux qui se couchent tard.
On en recausera.
08:22 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
15.12.2008
Kafka sur le rivage
Salut mec,
Comme tu aimes bien Murakami mais que son dernier t’avait déçu, j’ai décidé de lire pour toi Kafka sur le rivage. Tu connais l’histoire, peut-être. Les histoires, en fait, puisqu’il y en a deux : celle d’un petit fugueur de 15 ans et celle d’un petit vieux idiot mais qui sait parler aux chats – et ces événements étranges qui les relient à plusieurs kilomètres de distance.
Je sais, oui, que tu n’aimes pas beaucoup le fantastique, même quand il s’agit de métaphores – mais tu n’es qu’un gamin, tu verras, en grandissant tu y viendras. En tout cas, tu devrais vraiment le lire, tu pourrais vraiment en prendre de la graine. Mais comme je sais que tu as d’autres lectures en cours, je te fais un petit résumé des choses à retenir pour plus tard…
1. Travaille la voix de tes personnages. Je sais que tu avais déjà remarqué le talent de Fred Vargas pour donner un ton spécial à chacun ; je sais aussi que tu as fait des efforts pour Truc N°2, mais franchement, tu as encore des progrès à faire. Et au-delà de la voix, tu remarqueras ces petits éléments tout simples de caractérisation des personnages– un petit truc de décalage, pas juste un gimmick ni du blabla, du concret avec lequel tu puisses jouer tout au long du récit (Le-Garçon-nommé-Corbeau qui personnifie la conscience du héros, par exemple). Tu t’en souviendras ?
2. N’aie pas peur d’être plus long. Etre long ce n’est pas forcément être bavard ; c’est aussi être plus généreux. Il s’agit juste d’installer le lecteur dans le bon rythme, de bosser un peu t’y installer aussi, et zou.
3. Reste simple et efficace dans la construction. Tu verras comme c’est efficace, deux histoires parallèles qui se rejoignent. Evidemment, je te connais, tu auras peur de tomber dans le roman de gare d’Eurostar à la Lévy (Marc), le genre de truc bien calibré dont il ne reste plus rien à la fin. Mais c’est une idée à la con, ça. La différence n’est pas dans la construction, elle est dans la profondeur. Et puis, avec les constructions simples c’est plus facile de s’amuser, de détourner les codes une fois de temps en temps – vas-y sans crainte, Murakami t’indiquera le chemin.
Bon. Sinon, en lisant, j’ai pensé aussi à ce projet de roman dont tu m’avais parlé – tu sais, un livre dont le héros est un collégien. Tu verras ici que l’important n’est pas de le faire parler comme un ado (l’échec est quasi-assuré), mais de retrouver la profonde naïveté naïve profondeur des interrogations adolescentes. Tu vas adirer, je le sens.
Allez, je te laisse. Vraiment je te le recommande. Tu pourras en parler à tes potes en ligne, d’ailleurs. En tout cas, moi, si j’étais toi, je prendrais bonne note et je retournerais vite bosser.
Salut
Ta conscience nommée Corbeau.
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06.12.2008
La France qui rayonne (2)
Dresde, Neustadt. La ville nouvelle n’a rien de la majesté princière qui marque l’autre rive de l’Elbe. Les architectes ont simplement essayé d’en faire un lieu agréable à vivre.
Ainsi, la Haupstrasse est devenue piétonne, pavée de part en part, et bordée d’arbres et de petits bancs de bois. Bucolique. Sympathique. Ils ont même pensé à mettre les bancs sous les dernières branches des arbres, afin d’offrir un peu d’ombre aux amoureux qui s’y arrêteraient par de belles après-midis d’été.
Mais il n’y a pas d’amoureux sur les bancs, à Neustadt, à l’automne. Il n’y a plus de feuilles dans les arbres non plus, d’ailleurs, juste des pigeons. Qui chient sur les bancs. Sur tous les bancs. Et en masse – sur certains on note même plusieurs couches, il y a longtemps apparemment que l’homme a abandonné la partie.
… Et puisqu’on ne peut s’embrasser, entrons donc dans la librairie.
Sur la table, Anna Gavalda est en bonne place avec la Consolante. Le Clézio lui tient discrètement compagnie. Sur l’étagère des nouveautés, les couvertures colorées semblent toutes marquées du sceau de France Loisirs. Pourtant la librairie ne manque pas de grands auteurs classiques. Et parmi les Français ? Allez, on y va dans l’ordre : Le Clézio again, Marc Lévy, Saint-Ex, Eric E. Schmitt, François Vallejo et Fred Vargas ("die besten Kriminalromanen in Europa", clame Die Zeit à même la couv). C’est tout ? Oui. Ou plutôt, non. Non. On découvre aussi, en bonne place, Thierry Cohen et Anne Golon ("Angélique, marquise des anges").
Ah, la France quand elle parle au monde…
Peut-être chez les Poches, alors ? Allons-y : Barbery, Beigbeder, Beauvoir, Bauby, Le Clézio et Gavalda, F. Lelord, Marc Lévy, Irène Némirovsky, Sagan, Schmitt et Tatiana de Rosnay. C’est la fête. Pas même un Houellebecq, là j’avoue que j’étais surpris. Et pas un BHL - oui vous avez bien lu, pas un seul. C’est louche.
(Et hop ! Bientôt Berlin)
14:31 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
01.12.2008
La France qui rayonne (sur les étagères)
On a tous nos petits rituels de voyage ; j’imagine – des trucs qu’on fait presque dans chaque ville, surtout si elle est loin, surtout quand on ne parle pas la langue. Pour ma part, je note : prendre le métro, entrer dans un supermarché, aller au hasard chez un coiffeur dans un quartier pourri, rendre visite au fleuve, voir une expo d’art contemporain… et regarder dans une librairie quels auteurs français ont réussi à passer la frontière.
C’est à Budapest que j’ai eu l’idée de noter, pour une fois. Sur Muszeum utca, entre une boutique de fringues soldées et un étal de livres d’occase, une librairie toute neuve. Je regarde. Je ne comprends rien à ce qui est écrit un peu partout mais il n’y a pas que les mots qui parlent. La chaleur du lieu, l’agencement des tables, le calme, la signalétique – tout indique une grande librairie où on aime le livre. Et pour le dépaysement, ces petits cabas en plastique vert que le visiteur est invité à prendre en entrant. (si j'étais la fnac, je reprendrais l'idée)
J’entre.
Après avoir flâné, je vais donc rendre visite aux romans étrangers.
Ici, pas de livre de poche, pas une seule couverture blanche – la littérature est bien vivante… et les auteurs français, bien morts. La preuve ? Exhaustif, et (presque dans l’ordre) :
Alain-Fournier, Anatole France, Maurice Druon, Victor Hugo, Jean-René Huguenin (!), Christian Jacq, Maupassant (beaucoup), Robert Merle, Proust, Sagan, Vian, Viviane Villamont (vous connaissiez ?), Zola... et Foenkinos, David.
Point.
La voilà donc, la vivacité de la littérature française.
... Allez, j’exagère, je sais. J’aurais pu franciser Amélie Nothomb. Et puis j’étais sur l’étagère, pour mesurer le rayonnement de a France il serait juste de regarder aussi la table des nouveautés. Parce que là aussi, on retrouve quelques Français. Deux petits jeunes qui, croyez-moi, ont de l’avenir : Boris Vian et Stendhal.
Et hop. Tout va bien.
Bientôt, Dresde.
12:31 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
24.10.2008
Montecore, donc
Si on voulait écrire un roman sensible sur l’immigration française des années 60-70 et les conflits entre la première et la deuxième génération sur fond de montée du racisme, il faudrait sans doute délocaliser l’action pour éviter de prêter le flanc à une critique politiquement idiote d'être étiqueté "témoignage"®. Pour faciliter l’universalité du propos, surtout . On pourrait situer l’action en Suède, par exemple, pour accentuer le contraste avec les grands blonds locaux.
Ça tombe bien, un tel livre vient écrit par un Suédois.
Montecore, un tigre unique, donc.
Un titre un peu étrange, un livre un peu unique, un joli crescendo, une réussite.
(Pour plus de détails, on en cause ici, là… et dans pas mal d’autres endroits, d’ailleurs. Tant mieux)
14:35 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

