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Les moissons funèbres

Moissons funèbres, Jesmyn Ward, 10-18C’est l’histoire (vraie) de Jesmyn Ward. Une jeunesse noire du Mississippi, avec des maisons sur pilotis (ou sur parpaings), de la pauvreté, de la joie, des bois pour aller jouer derrière la maison, des kilomètres à faire en pied ou dans des voitures déglinguées, des hommes volages et des mères célibataires, des sœurs aînées qui deviennent auxiliaires maternelles, et puis l’adolescence, les petits boulots, la discrimination, du harcèlement parfois, la débrouille, la drogue parce qu’on s’emmerde, les trafics parce qu’il faut bien, l’horizon qui se bouche et ces amis/cousins qu’on retrouve toujours sur le chemin.

Jesmyn Ward raconte cette vie-là en romancière. Pendant quelques heures, je te préviens, tu seras une jeune femme noire de DeLisle, Mississippi, fille d’une femme de ménage et d’un maître de kung-fu sans élèves. Et tout ne va pas être simple, autant le dire tout de suite. Mais en tant que lecteurice (dédicace à V. si tu lis ces lignes), tu vas te régaler.

L’écriture de Jesmyn Ward est limpide, vivante, sans fard et douce à la fois. Et le dispositif du livre, tout simple, apporte au livre une vraie tension romanesque, en même temps qu’un contrepoint à l’histoire de la narratrice.
C’est qu’en l’espace de 4 ans, 5 jeunes hommes avec lesquels J. Ward avait grandi (à commencer par son frère) sont décédés de mort violente. Accident, overdose, assassinat - ces morts à elles seules dressent un constat sur la vie de communautés abandonnées, et Jesmyn Ward les conte par ordre antichronologique, intercalés dans le récit autobiographique. C’est tout bête, mais quand vous croisez un petit gamin souriant page 57 et que vous le trouvez défoncé au crack page 64, l’effet est saisissant.

Tout le livre est empli de cette tension - mais aussi de la nostalgie du Sud qui prend la narratrice dès qu’elle s’éloigne de son Mississippi.
Un portrait collectif autant qu’un portrait personnel - ici si j’étais chroniqueur littéraire je trouverais une petit formule de conclusion pour emballer tout ça mais heureusement je ne suis pas chroniqueur littéraire, tu as déjà compris tout ce qu’il fallait comprendre, le reste est dans le livre, tu me remercieras. Bon voyage.

Jesmyn Ward, Les moissons funèbres, 10-18 - trad. Frédérique Pressmann

 

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