26.07.2010
L'avenir du cinéma
appartient à ceux qui se lèvent tôt.
Retrouvé ce week-end le plaisir de la séance de cinéma de 11 heures.
En première partie, le MK2 Odéon proposait une vraie réflexion sur l’avenir du métier d’acteur : sur 11 publicités avant le film, seules deux comportaient des comédiens, toutes les autres montraient soit le produit seul (version cheap) soit des personnages animés.
On pouvait aussi s'interroger sur l’avenir du spectateur de cinéma, condamné à geler dans son t-shirt avec une clim encore une fois réglée sur –7°.
Sinon, Inception, c’était vraiment bien.
Atchoum.
09:41 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
23.07.2010
Au fond de la classe
Cher Eric,
Quand je vous ai écrit, l’autre jour, je ne savais pas que vous seriez dès le lendemain au cœur du feuilleton de l’été.
J’ai bien vu que vous l’aviez mauvaise, et je vous comprends : avec votre tête de premier de la classe, vous devez avoir l’impression de salement payer pour les redoublants et les cancres du fond, ceux qui dealent pendant les cours de français et qui paient le prof de maths pour couvrir leurs erreurs de calcul.
Cela dit, le problème n’est pas votre tête de premier. Le problème, c’est la classe. Avec ses réflexes, son endogamie, ses œillères. La classe qui n’imagine même plus descendre dans la cour de récré avec nous autres.
Bref.
C’est dommage, parce que dans la cour de récré, parfois, on se marre bien.
La preuve?
D’abord, il y a votre fausse page facebook, chez slate (20/20 aux auteurs)
Et puis, comme toujours, l’œil aiguisé du blog de Jean-Pierre Martin, dont je vous recommande l'intégrale des archives.
Allez, bien le bonjour à votre femme !
(PS – dédicace spéciale à toi, salarié(e) de juillet, qui entre deux quarts d’heure corporate aura tout le temps de savourer ces liens. Je ne t’embrasse pas de peur de mal étreindre, mais le cœur y est)
09:44 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
20.07.2010
Jules Joffrin
Numérologie : Lundi 19, ligne 12, 16h12.
Sortant de la première rame, une jeune femme élancée, la peau mate, le pas sûr mais le visage tendu, un papier à la main.
Une femme en retard.
Une très jolie jeune femme en retard.
Une fois à l’air libre, rue Hermel, je jette un œil (et le bon) vers l’autre bouche du métro.
Elle en sort prestement, s’arrête au kiosque, fait demi-tour.
Sous le soleil, exactement, j’attends. On ne sait jamais vraiment ce qu’on attend.
D'ordinaire, à Jules Joffrin, les jolies jeunes femmes remontent vers la butte, ou descendent la rue du Poteau. Pas elle.
Elle commence à descendre la rue Hermel, jambes fermes et tête ailleurs, dans sa précipitation elle me bouscule légèrement.
Surprise, contact, une seconde en suspension.
- Vous habitez le quartier ? je m’enquiers, comme si je lui demandais l’heure
- Oui, dit-elle, sur la défensive
- Je ne verrai plus jamais cette rue de la même manière, dis-je comme une conclusion.
Je souris, sans intention d’aller plus avant. Alors elle sourit aussi. Ça lui va bien.
- Attention, je poursuis, si vous souriez comme ça je pourrais venir faire le pied de grue matin et soir devant la porte de l’immeuble.
Parce qu’elle voit bien que je ne suis pas du genre à faire ça, elle entrouvre la porte au jeu.
- Ah oui ?
- Qui sait…
Mais il est déjà temps de prendre congé. Douze secondes plus tard, elle compose un digicode et la journée continue.
Demain j’irai peut-être faire le pied de grue, sous le soleil de la rue Hermel.
15.07.2010
De la promotion des auteurs français à l’étranger
Elle détestait Gombrowicz et aimait EE Schmitt, mais par ailleurs elle était parfaite.
Il restait deux heures avant de la revoir, une heure avant la fermeture des librairies, je suis entré dans la plus grande d’entre elles.
Nicole Krauss n’était pas là mais JS Foer traînait en un exemplaire, déjà un peu fatigué. Schmitt tenait un rayon entier. Et Lévy, et Nothomb, mais aussi Carrère, Joncour, Fournier, Hatzfeld.
J’ai demandé à une des libraires si Philippe Jaenada était traduit en polonais – il ne n’était pas (scandale). Martin Page, lui, l’était. Vous avez de la chance, m’a dit la libraire, il reste un exemplaire de "Comment je suis devenu stupide" ("Jak zostałem głupcem", en vp). Alors elle m’a montré, sur la droite, un étrange rayon organisé comme une pièce montée.
- Vous le trouverez quelque part là-dedans.
J’ai commencé à fouiller. Il y avait là des livres de cuisine, des mémoires, des romans venus d’un peu partout, pour certains en dix exemplaires, rangés dans un ordre aléatoire. Jamais je n’avais vu autant d’auteurs français dans une librairie étrangère. Grimbert, Graff, Frèches, Deghelt, Morgièvre, Besson, Djian, Curiol, Richard Millet en vrac à côté de Nicolas Fargues, Beigbeder. Il y avait même des noms que je n’avais jamais entendus : Astrid d’Ozan, Thierry Leget, Stéphane Jougla, Sébastien Ortiz.
Mais pas de Martin Page. Je suis retourné vers la libraire, de nouveau elle a consulté son ordi. Il n’y a qu’un seul exemplaire, ça va être compliqué de trouver…
Elle est venue m’aider, c’est alors que j’ai vu le panneau qui pendait au-dessus du rayon.

(enfin un mot polonais facile)
- Dites, ça vous arrive de vendre des livres d’auteurs français ? j’ai demandé.
Elle a ri.
09:19 Publié dans Livres, etc. | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
09.07.2010
Carte postale de Pologne
Bon, on ferait comme si le marchand n’avait plus qu’une carte postale, un kaléidoscope kitsch avec plein d’images dont on ne distingue pas les détails.
Dans le désordre, on aurait quelque chose comme ça :
- les grandes avenues et les parcs de Varsovie
- le jardin magique sur le toit de la bibliothèque universitaire, et les transats du café Kafka un peu plus bas
- tous ces gens e prière dans les églises, et un prêtre en sandales dans le compartiment du train
- le néon scintillant du "dépanneur" à la polonaise : Alkohol 24/24
- Jeans slim à Varsovie, robes à Cracovie
- My way en polonais, à l’accordéon, dans les bafles du Café Philo, tandis qu’à 11 heures du matin un groupe de lycéen-nes éclusent des pintes en gloussant
- un sosie de Mathilde Peslier en uniforme (salut)
- un zoom sur les sandales du prêtre : Reebok
- deux jours de pluie non-stop, les chaussettes noyées dans les chaussures, et dans un café l’Italie se faisant taper par la Slovaquie
- J. Holzer, croisée sur un banc. Artificial desires are despoiling the Earth
- l’identité polonaise, partout sur les murs, et les musées nationalistes
- les inscriptions sur le mur des geôles de la Gestapo
- Kafe Szafe – d’anciennes armoires reconvertie en petits boxes : une mini-table, deux chaises
- les tables de Singer, ceux qui dansent dessus, celles qui roulent dessous, un briquet, une main qui m’attrape et le zakipanki à 3 heures du matin (salut à toi, Ewa Zawadiak)
- sur le chemin de l’aéroport, une usine désaffectée sur la droite – sur la brique rouge, de grandes lettres à la peinture blanche : Rauchen verboten.
Au dos, j’écrirais simplement que je suis désolé, je n’ai jamais pris autant de notes pendant un voyage mais que bizarrement j’ai très envie de les laisser dans ce carnet. Je vous dirais qu’ici il fait beau, que je réécris B-a-ba et qu’on en recausera (un peu). Et puis surtout je vous souhaiterais un bel été.
A bientôt.
09:55 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
06.07.2010
Carte postale de Vilnius (2010)
La vieille ville de Vilnius compte 48 églises, et le dimanche matin elles font le plein.
Je me suis arrêté devant l’Eglise du Saint Esprit, sous le porche qui précède l’entrée. A côté, le "Dublin" a fermé pour cause de crise. Une mendiante à casquette garde l’entrée. A l’intérieur, les hauts parleurs diffusent ce que j’imagine être le chant d’entrée, orgue et refrain répétitif. Agenouillé devant l’autel, le prêtre tourne le dos à la foule. Puis il se lève et disparaît vers la crypte. La foule continue de chanter, quelques familles repartent, des gens de tous âges continuent d’arriver. Tous respectent le même rituel : eau bénite, signe de croix, le baiser aux pieds du christ en croix, s’agenouiller à l’entrée de la nef.
Le disque n’en finit pas, j’ai sorti mon carnet comme d'autres leur caméra. Une idée m’est venue de livre de voyage, je la caresse un instant du bout du critérium, puis songe qu’aucun des éditeurs que je connais ne le publierait aujourd’hui. Ça ne se vendra pas, mec. Ils auraient raison, sans doute. Dommage. Ça ne fait rien, je continue à noter parce que j’en ai envie (what else). Enfin le refrain cesse, le prêtre revient avec ses enfants de chœur, un autre chant.
Arrive alors un homme en costume brun, la soixantaine un peu sèche, petite moustache. Il s’approche de moi, sans bruit, puis d’un geste lent, le regard plein de compassion, il dépose une pièce de 10 centu dans mon carnet avant de plonger ses mains dans l’eau bénite.
Mon premier salaire d’écrivain voyageur. Le début d’une carrière, qui sait.
Je regarde sur la droite : la mendiante à casquette s’est levée. Il me reste la journée pour choisir à qui donner la pièce.
A propos d’écrivain voyageur – merci à Kevin Dolgin de m’avoir accompagné ce coup-ci. The third tower up from the road est de ces bouquins qui vous donnent envie d’aller plus loin. Une petite centaine d’histoires à picorer sur la découverte d’une ville – jamais normatif, toujours subjectif, comme des petits cailloux qu’il sème de par de monde.
A Vilnius, l’auteur avait cherché une inattendue statue de Franck Zappa. Je l’ai trouvée. J’ai même prise en photo (grande première). Il me faudra sans doute deux ou trois ans pour apprendre comment mettre ici une photo prise avec mon téléphone.
09:05 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
02.07.2010
Carte postale de Vilnius (1928)
L’une des salles de la Vilnaus Galerija est consacrée à l’éphémère indépendance de la Lituanie entre les deux guerres. Documents officiels, échanges de courriers diplomatiques dans toutes les langues, rien de sexy mais j’adore ça.
Dans le coin d’une vitrine, le formulaire (en français) que devaient remplir tous ceux qui, en qualité de "consuls honoraires", voudraient faire des affaires avec la jeune république.
L’ingénieur portugais Joao Marcello Gomes, né le 16/1/1897, importateur de bois tropicaux et exportateur de vins, y remplit scrupuleusement toutes les cases, dans le vocabulaire corporate de l’époque, le tout tapé à la machine.
My offices are most up-to-date and very first class, écrit-il.
Mais le plus beau est dans l’encadré, en haut à droite. Après le nom et la date de naissance, le formulaire demande la "situation de famille".
Very good, répond l’ingénieur.
15:29 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.06.2010
Carte postale de Varsovie
"J’avais l’impression qu’il ne fallait pas se débarrasser du blanc-bec en moi trop vite et trop légèrement, que les adultes étaient trop habiles et pénétrants pour se laisser tromper et que si quelqu’un était sans cesse poursuivi par son blanc-bec, il ne pouvait pas se présenter sans lui en public. Je prenais trop au sérieux le sérieux, je mettais trop haut le caractère adulte des adultes.
(…)
Où cette voie me mènerait-elle ? Comment donc s’étaient produits en moi cet esclavage de l’inaccomplissement, cet abandon à la verdeur enfantine ? Etait-ce parce que je venais d’un pays particulièrement riche en créatures inachevées, inférieures, éphémères, où aucun col de chemise ne tient ? (…) Ou parce que je vivais à une époque qui, toutes les cinq minutes, adopte de nouveaux slogans et de nouvelles grimaces, avec des rictus convulsifs, autrement dit, une époque de transition ?"
W. Gombrowicz, Ferdydurke (1937)
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17.06.2010
Balzac, live
Je l'avais croisé étudiant. Il était grand, la démarche un peu raide peut-être mais l'oeil rieur et les traits fins dans son uniforme jean-t-shirt.
Hier soir, ligne 4, il m'a fallu quelques instants pour le remettre. Il était encore un peu plus grand, avec les talonnettes de ses chaussures noires. Il portait un costume anthracite aux fins parements blancs, mais sous la cravate ses traits à lui avaient grossi. Balzac aurait été parfait pour décrire son visage empâté et son menton saillant, plein de la conscience de ses responsabilités - la paternité, sans doute, et avec elle un rapport devenu paternel au monde. A la main, il avait le Figaro.
Balzac aurait parlé de ses chaussures, sans doute. Il aurait tout de suite vu qu'elles n'allaient pas avec le costume - de bonnes chaussures bien solides, mais rien à voir avec la pompe chic des traders à chemise rose croisés un peu plus tôt. Il y aurait vu sans doute le lien qui le raccrochait au monde d'avant l'argent. Ensuite bien sûr il aurait parlé de ses yeux. Aiguillé par l'indice des chaussures, il y aurait cherché (peut-être vainement) la flamme de l'étudiant sous la paupière tombante du jeune banquier. Mais je n'y connais rien en chaussures, et je n'ai pas vu ses yeux. Je n'ai même pas eu à les éviter : en trois stations, tête droite et menton en avant, il n'a pas jeté un seul regard de côté.
Honoré, où es-tu ? Tes personnages sont encore là.
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