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Second Flore

  • Michaël Fœssel - Récidive 1938

    Michaël Foessel - Récidive 1938Magistral.
    Michaël Fœssel replonge dans l’année 1938 en lisant la presse de l’époque (Paris-Soir, Le Populaire, Je suis partout…), pour suivre pas à pas la chute de Léon Blum et la chute du Front populaire, les accords de Munich, les décrets-lois du gouvernement Daladier pour « remettre la France au travail »…
    Jamais il n’établit de parallèle avec 2018 - il n’en a pas besoin, ils sautent aux yeux d’eux-mêmes : le durcissement des lois sur les étrangers et le droit d’asile, la rigueur économique, le contournement du Parlement pour légiférer par décret au nom de l’efficacité… Tout cela, Fœssel ne l’invente pas : c’est dans les journaux de l’époque. Tout comme les camps de rétention pour les réfugiés, et les débats passionnés sur les « fausses nouvelles ».

    Le dispositif est parfait, les 170 pages d’une limpidité absolue. La prochaine fois que tu entendras un intello inutile faire des phrases sur les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, fonce donc lire Fœssel. C’est tout aussi sombre, mais c’est drôlement éclairant.

  • Sigolène, Bruce et les autres

    Sigolène Vinson + Bruce Springsteen = <3L’étang de Berre : la Méditerranée côté usines, des bidons de chlore dans la forêt, les touristes en filigrane, et des villes, et un chenal, et des habitants. On découvre Jessica et son fils, deux vieux pêcheurs, deux frères inséparables, un docteur, des amis, des fantômes, la vie qui va et qui, un jour, bascule.

    Il faut du talent, pour écrire les milieux populaires sans jamais juger ses personnages, loin de la fausse empathie compassionnelle qui dégouline souvent des romans français. Du talent, et de la sensibilité, et de la sagesse.

    Sigolène Vinson a les trois, et bien plus que ça.

    Elle cite George Harrison dans ses remerciements, mais si j'osais une comparaison, j'irais chez Springsteen. Le Bruce de The River, celui qui vous campe une vie entière en trois couplets. Maritima est plus long que ça, il installe durablement l'ambiance et promène son lecteur dans tous les lieux de ce petit monde, mais sur le traitement des personnages, sur la finesse des sentiments, il y a quelque chose, oui. Sigolène Vinson vous serre le cœur en deux phrases et vous fait sourire en une seule ligne.

    Plongez donc.

     Sigolène Vinson, Maritima, ed. de l'Observatoire, 298 p.

  • La gauche est immortelle (si, si)

    La gauche est-elle morte ?
    A respirer l’air ambiant, on pourrait croire que oui.
    C’est que longtemps, pour beaucoup de gens, gauche a signifié PS, et le PS, lui, est bien mort. Je l’ai vu mourir sur place à la fin des années 90, sclérosé par les guéguerres de courants et le repli sur soi, le gouvernail abandonné à des affairistes tandis qu’on amusait la piétaille avec des manifs anti-FN. Et tout ça valait aussi un peu plus à gauche : être contre, ça oui, on savait faire ! Etre pour, ce n’était plus au programme. Avoir des idées ET l’envie de les transformer en réalités, on n’y pensait même plus.

    Et pourtant…

    Edin président, Je mets les tags que je veux« Quoi de neuf en politique ? La gauche ! A l’heure où l’on ne nous parle que de "nouveau monde" et de "nouvelles recettes", on nous ressort en réalité des pratiques surannées d’autoritarisme et de pouvoir centralisé (…) La gauche, donc. La seule. Au sens historique, classique et indépassable du terme. La justice et l’égalité entre tous, la protection des dominés et la limitation des dominants, la solidarité et l’humanisme contre la charité et la compassion », écrit Vincent Edin.
    … Et la transition écologique comme une évidence contre la croissance bête, et des dizaines d’expériences réussies ici et là sur lesquelles s’appuyer.

    La gauche en 2018, ce n’est pas de l’utopie, ce serait presque du pragmatisme

    La grande force de ce livre, c’est de remettre quelques idées en place. Retrouver les ordres de grandeur, dit l’auteur : rappeler que la fraude fiscale pèse infiniment plus que la fraude sociale, que les riches sont souvent plus assistés que les pauvres, balayer le greenwashing pour se concentrer sur l’essentiel…

    Il y a de la place pour un nouveau récit de la gauche. A lire ce livre, on croirait presque qu’il est là, ce récit, et qu’il peut emporter une majorité, loin des faux-nez du progressisme et des mirages du populisme. Dommage que les acteurs qui le jouent sur scène soient si mauvais et ne jouent que pour eux-mêmes, sans même l’espoir de gagner.
    Mais les acteurs passent. La gauche, elle, est encore là.
    Un jour son récit se reprendra à plusieurs voix, et ce jour-là on respirera un peu mieux. En attendant, on peut lire, voter mais pas seulement, agir surtout, retrouver de l'allant.
    Ca tombe bien, ce livre donne envie de tout ça en même temps - au fond, c’est bien la preuve que la gauche n’est pas morte : elle donne envie d’être un peu plus vivant.

    Vincent Edin, La gauche est immortelle (Boussole pour temps troubles) - Ed. de l'Observatoire

     

  • Les moissons funèbres

    Moissons funèbres, Jesmyn Ward, 10-18C’est l’histoire (vraie) de Jesmyn Ward. Une jeunesse noire du Mississippi, avec des maisons sur pilotis (ou sur parpaings), de la pauvreté, de la joie, des bois pour aller jouer derrière la maison, des kilomètres à faire en pied ou dans des voitures déglinguées, des hommes volages et des mères célibataires, des sœurs aînées qui deviennent auxiliaires maternelles, et puis l’adolescence, les petits boulots, la discrimination, du harcèlement parfois, la débrouille, la drogue parce qu’on s’emmerde, les trafics parce qu’il faut bien, l’horizon qui se bouche et ces amis/cousins qu’on retrouve toujours sur le chemin.

    Jesmyn Ward raconte cette vie-là en romancière. Pendant quelques heures, je te préviens, tu seras une jeune femme noire de DeLisle, Mississippi, fille d’une femme de ménage et d’un maître de kung-fu sans élèves. Et tout ne va pas être simple, autant le dire tout de suite. Mais en tant que lecteurice (dédicace à V. si tu lis ces lignes), tu vas te régaler.

    L’écriture de Jesmyn Ward est limpide, vivante, sans fard et douce à la fois. Et le dispositif du livre, tout simple, apporte au livre une vraie tension romanesque, en même temps qu’un contrepoint à l’histoire de la narratrice.
    C’est qu’en l’espace de 4 ans, 5 jeunes hommes avec lesquels J. Ward avait grandi (à commencer par son frère) sont décédés de mort violente. Accident, overdose, assassinat - ces morts à elles seules dressent un constat sur la vie de communautés abandonnées, et Jesmyn Ward les conte par ordre antichronologique, intercalés dans le récit autobiographique. C’est tout bête, mais quand vous croisez un petit gamin souriant page 57 et que vous le trouvez défoncé au crack page 64, l’effet est saisissant.

    Tout le livre est empli de cette tension - mais aussi de la nostalgie du Sud qui prend la narratrice dès qu’elle s’éloigne de son Mississippi.
    Un portrait collectif autant qu’un portrait personnel - ici si j’étais chroniqueur littéraire je trouverais une petit formule de conclusion pour emballer tout ça mais heureusement je ne suis pas chroniqueur littéraire, tu as déjà compris tout ce qu’il fallait comprendre, le reste est dans le livre, tu me remercieras. Bon voyage.

    Jesmyn Ward, Les moissons funèbres, 10-18 - trad. Frédérique Pressmann

     

  • Concision, concision

    Prolix, Prolix!
    Nothing a pair of scissors can't fix !

    (Nick Cave, I call upon the author to explain)

    Je ne pense pas qu'il existe une quelconque corrélation entre la taille d'un livre et le temps nécessaire à l'écrire. Certains auteurs français publient des livres courts par pure paresse, d'autres par une sorte de politesse, ou d'exigence : ceux qui prennent le temps de faire court - et le risque d'être sous-estimés par les fans de littérature américaine qui jugent souvent au poids. 

    ... Et donc, à l’heure où une éditrice impitoyablement compétente me somme de couper l’équivalent d’un roman d’Amélie Nothomb dans un manuscrit en cours, deux bijoux de concision :

    maria pourchet, les impatients, gallimard- Les Impatients, de Maria Pourchet, dissèque le monde de l’entreprise avec sa verve acérée, plus joyeusement caustique que jamais.
    (les lecteurices historiques de ce blog se souviendront qu'ici on aime beaucoup Maria Pourchet (attention, c'est contagieux) ; ça ne se dément pas, au contraire)

    - Première Dame, de Carcaroline lunoir, première dame, actes sudoline Lunoir, imagine une sorte de Pénélope Fillon (mâtinée de Trierweiler et autres Bernadettes) en campagne électorale et parvient à en faire une figure universelle. La famille, la dévotion au mari Candidat, les timides tentatives d'émancipation : à première vue, ça ressemble à un roman bourgeois ; ralentissez la vitesse de lecture et vous découvrirez une satire délicieusement subtile.

    La start-uppeuse et la femme-de : pas besoin de 500 pages pour écrire des sagas.

    Sur ce, j’y retourne, mes ciseaux sont aiguisés.
    Bonne lecture.

  • How I met Julien Blanc-Gras

    blanc gras comme à la guerre stock.jpegJe pourrais en faire des caisses sur les qualités du dernier roman de Julien Blanc-Gras. Je pourrais dire qu’il n’y en a pas deux comme lui pour réussir à rester drôle en traitant des sujets profonds. Je pourrais multiplier les extraits de Comme à la guerre pour vous le prouver. Mais je ne le ferai pas.
    Parce que je connais Julien, et que je m’en voudrais de ne chroniquer que les livres des copains alors que je n’écris ici que quatre fois par an.

    Je ne vous parlerai pas de Comme à la guerre, donc.
    Ce que je peux faire, en revanche, c’est raconter comment je connais Julien Blanc-Gras.

    Tout a commencé très exactement ici, sur ce blog.

    Nous étions en 2006 et je lisais avidement tout ce que postaient les jeunes auteurs que j’espérais rejoindre un jour dans ce grand petit monde. Dans le lot il en était un, Thomas Clément, qui venait d’être publié au Diable Vauvert. Nous avons fait ce qui se pratiquait en ce temps-là : nous avons échangé des commentaires, puis des mails, et nous nous sommes donné rendez-vous - sur son stand, au Salon du livre.
    Je suis allé Porte de Versailles. Thomas était assis derrière une pile de livres qui n’intéressait pas grand monde (je ne savais pas alors que tel est le lot de la plupart des auteurs). Il m’a dédicacé son roman, et nous avons parlé, un bon quart d’heure. A côté de lui, un jeune gars présentait lui aussi son premier roman - et comme personne ne s’intéressait à lui non plus (je ne savais pas alors que telle est la règle au Salon de Paris quand vous n’êtes jamais passé à la télé), il s’est joint à la conversation, tout en discrétion. Il avait la tête du type le plus sympa du monde ; j’aurais bien acheté son roman aussi mais les livres coûtent cher, et comme j’écrivais, je n’avais pas d’argent.

    J’ai quitté le stand du Diable en concluant secrètement un pacte : si j’aime le bouquin de Clément, me suis-je promis, j’achèterai Gringoland.

    J’ai lu le livre de Thomas Clément, je l’ai aimé... Et puis rien - je ne tiens pas toujours mes promesses quand c’est à moi que je les fais.
    Mais quelques mois plus tard, j’étais dans mon bain en train de lire Technikart (une autre époque, je vous dis) lorsqu’un article a attiré mon attention. Sous l’apparente décontraction branchée, le style était beaucoup plus sensible que la moyenne. J’ai regardé la signature, et j’ai vu : J.Blanc-Gras. Alors j’ai appelé mon libraire, et j’ai commandé Gringoland.

    J’ai lu Gringoland. J’ai aimé Gringoland. J’ai écrit un billet de blog sur Gringoland - aujourd’hui perdu dans les oubliettes du web.
    Et voilà qu’un jour, dans le métro, ligne 8, je croise un type qui avait l’air vraiment sympa. C’était Julien Blanc-Gras. Nous nous sommes reconnus, il m’a remercié pour le billet - qu’il avait lu - je lui ai souhaité le meilleur pour la suite…

    … Je ne savais pas encore que la suite n’allait pas tarder à nous réunir : dans l’équipe de Standard (ce magazine où nous collaborions sans être payés mais où nous avons gagné bien plus que de l’argent), puis au Prix de la page111. Entre temps il y a eu des livres, des soirées, un enfant, l’Equipe de France de foot des écrivains
    Bref, un ami, quoi.

    Vous comprendrez que j’aurais des scrupules à vous dire que son livre est peut-être son meilleur. Si vraiment il fallait le faire, je dirais que parler dans le même livre de son début de paternité et des récents attentats était une gageure et qu’il a relevé le défi avec une maestria tout en légèreté dont seul lui est capable. Je dirais aussi, avec emphase à peine ironique, que le grand roman de bac-à-sable est enfin arrivé. Je dirais surtout que Comme à la guerre est une ode jamais tiède à la modération, où l’humour apparaît comme une forme salutaire d’intelligence - une forme qui ne fuit pas la réalité, mais qui remet les pieds sur terre à l’heure où les réseaux s’emballent et où on nous demande de choisir des camps.

    Si je m’écoutais, je dirais que Comme à la guerre est une sorte de salut public pour ce début d’année 2019.

    Voilà, c’est dit.
    Bonne année à tou.te.s.

     

    PS au cas où : plus personne plus personne ne lit les blogs quand ils ne sont pas relayés sur les réseaux sociaux ; je viens de quitter facebook, et Julien aussi - autant dire que j’écris vraiment pour l’Histoire. Ça tombe bien, j’adore l’Histoire. J’espère qu’elle me lira.

    (et si tu passes par là, qui que tu sois : salut, et bonne lecture)

  • Une nuit avec Jean Seberg

    (une note tous les trois mois, ça me paraît un bon rythme, non ?)

    C’est une chose qu’on souligne rarement quand on parle de ces jeunes "radicalisés" partis en Syrie : qu’ils ont trouvé un idéal, une Cause à rejoindre. Manipulés sans doute, naïfs peut-être, mais sincères.
    Jamais je n’ai entendu le moindre parallèle entre la dynamique qui les conduisait au départ et les motivations de ces jeunes gens qui, en 1936, franchissaient les Pyrénées pour aller se battre en Espagne.

    Tu me diras : Scandale ! Comment peut-on placer sur le même plan le djihad et la République ? Le terrorisme et la lutte contre Franco ? Je te répondrai que je n’ai surtout pas dit ça - que je m’interroge seulement sur les ressorts individuels, et que s’interdire d’adopter un instant ce point de vue, c’est voir le monde avec des œillères.
    Mais je m’égare et je suis maladroit.
    Heureusement, Marie Charrel est plus habile.

    marie charrel, jean seberg, fleuve"Une nuit avec Jean Seberg", c’est l’histoire d’Elisabeth, née d’un père noir américain en Algérie française. Adolescente, elle découvre le racisme en France, émigre aux Etats-Unis et épouse la cause des Black Panthers. Jusqu’au jour où on lui demande de manipuler la frêle Jean Seberg pour financer le mouvement.
    Fast forward en 2016 : Elisabeth est de retour à Paris, son petit-fils chéri est parti sans donner de nouvelles, on a retrouvé chez lui un Coran annoté et on craint qu’il ne soit parti en Syrie. Le parallèle est parfait, lumineux sans être souligné, structurant sans que jamais le roman ne tombe dans l'écueil du livre-à-thèse - au contraire : ce sont les questions qui importent.
    Disons-le : Marie Charrel se bonifie décidément à chaque livre, le romanesque s’y déroule de façon chaque fois plus limpide, et sans grosse ficelle - avec Charonne 1962 en toile de fond, le FBI (true story), et Romain Gary en coulisse.

    Je n’en dis pas plus - sinon qu’ils ne sont pas si nombreux, les romans qui proposent un autre regard et une langue fluide.

    Sur ce, je retourne travailler, elle m’a donné envie de m’y remettre encore plus sérieusement.

    A dans trois mois (ou peut-être moins)


    Marie Charrel - Une nuit avec Jean Seberg, ed. Fleuve

  • 14 juillet (ça ira)

    duquesnoy, journal, mazeau, mercureC'est l'histoire d'un jeune trentenaire récemment monté à la capitale et qui se demande parfois ce qu’il fout là… STOOOP! dis-tu, et tu as bien raison.
    Sauf que ce jeune trentenaire est né en 1759 et que nous sommes en 1789 : Adrien Duquesnoy est représentant du Tiers Etat aux Etats Généraux de Versailles, et il écrit son journal de bord - le journal d’un type pondéré, soudain plongé dans l’action.

    Il y a tellement de choses, dans ce livre ! On y voit la naissance de notre démocratie parlementaire, qui fait tomber des règles caduques et en invente de nouvelles non sans chaos. On y sent les débats de l’Assemblée, avec leurs vedettes Mirabeau, Sieyès ou Lafayette tandis que Talleyrand et Robespierre apparaissent en personnages encore secondaires. On y apprend avec l’auteur que 200 000 hommes en armes gardent Paris et que le peuple gronde en ce début juillet.
    On a vraiment l’impression d’y être, et c’est normal : parce qu’on y est !

    Duquesnoy n’a pas écrit ce texte quelques mois après l’événement : il écrit vraiment au jour le jour, et il ne cache pas ses emballements (le Serment du Jeu de paume !) ni ses frustrations : c’est qu’Adrien voudrait avancer sur une Constitution, et en le lisant on se dit qu’il a bien raison, on s’agacerait presque avec lui quand quelqu’un propose une ‘Déclaration des droits de l’homme et du citoyen’ en se disant que Merde, encore un type qui veut se faire mousser…

    On peut lire ce livre comme un document historique. On peut aussi le voir comme une série à suspense riche en ironie dramatique (parce que nous savons, nous, comment l’Histoire a figé les événements).
    On peut aussi le recommander à toutes celles et ceux qui s’intéressent un peu à la politique - il y a beaucoup de Nuit Debout, au fond, là-dedans : le chaos, le collectif, les personnalités qui émergent, les impatiences, les hésitations, les débats qui ne servent à rien - et puis, au milieu de tout ça, des moments grandioses, comme l’abandon des privilèges.

    Ah non, vraiment, c’est à lire.

    Si vous avez eu l’occasion de voir « Ça ira », la pièce de J. Pommerat, vous verrez combien la pièce emprunte à ce livre. Et si vous ne l’avez pas vue - eh bien, courez-y.
    Sur ce, bon feu d’artifice, merde aux privilèges, et allez les Bleus.

    Adrien Duquesnoy - Un révolutionnaire malgré lui (Journal, mai-octobre 1789), édité par Guillaume Mazeau - Mercure de France, 2017

     

  • Tête en l'air

    tête en l'air, gaitet, paulsen, démarchesÇa commence par une rencontre avec deux éditrices : "Vous qui ne faites pas de sport, ça vous irait de grimper 4808 mètres et de nous raconter ?" *

    Un an plus tard, ça donne ça :
    "L’un de mes doigts se met à me lancer. Un picotement d’abord, qui dégénère. Sous le gant épais conçu pour résister au froid, l’extrémité onglée de mon annulaire droit me brûle d’une douleur qui de minute en minute devient insoutenable (...)"

    Il y a le froid, le vent, la faim ("si j’avais un royaume ou un cheval, je les vendrais pour une assiette de spaghettis"), le vide, la fatigue, les chutes de pierres et autres dangers de la montagne (15 morts cet été là sur le Mont Blanc, quand même).
    Une aventure, une vraie, qui se prépare la tête haute et les pieds certes nickelés, mais bien chaussés.
    Une aventure contée le sourire aux lèvres et l’estomac un brin noué, sans faux suspense (mais avec un peu de vrai) et un brin d’émotion sur la fin. Et avec cette élégance suprême : partager la vedette du roman avec son guide, René Ghilini - alpiniste gouailleur et chasseur de cristaux à ses heures.

    Ne pas prendre le lecteur de haut, c'est tout un art.

    Richard Gaitet, Tête en l'air - éditions Paulsen

     

    * Voilà quand même un point de départ idéal pour un roman de non-fiction. Imaginez qu'un jour on me demande : "Vous qui ne parlez pas espagnol et qui n'aimez pas danser, ça vous dirait d'aller vivre 6 mois à Buenos Aires et de vous inscrire dans une école de tango ?", je filerais acheter une méthode d'espagnol. Pas vous ?