17.11.2009

Société Générale

C'est un jeune type en cravate cool derrière un bureau bien rangé. Derrière lui une vitre, des armoires et une musique primesautière, ta ta tata ta'ta, dont les droits ont manifestement été achetés très cher par la Société Générale, parce que je l'ai tout de suite reconnue.

Winchester Cathedral...

Le côté Cathédrale, je me suis dit, c'est peut-être pour ancrer dans nos esprits que la SG est vraiment une institution, solide, tout ça (si, si, ils pensent à ça, les publicitaires).
On nous explique donc que ce jeune homme travaille à la Société Générale et que c'est tant mieux parce que si nous on a besoin de sous, eh bien lui, ça tombe bien, il est là pour maximiser sa marge nous aider, même que c'est son métier.
Et tout au long de la pub, la musique continue, sautillante, sifflotante, colorant l'imagerie corporate d'un peu de flower power qui nous donne tout de suite envie d'aller embrasser notre banquier comme dans les pubs de la concurrence.
Sauf qu'à un moment j'ai eu une intuition.
Je me suis souvenu d'Alice et de sa pub "Houhou" (oh dis-donc, ça date), où une fille décolletée nous disait de la rejoindre pendant que derrière les paroles de la chanson concluaient You're not the one for me.
Alors j'ai cherché les paroles de ce "Winchester Cathedral". Et là, bingo !

You could have done something
But you didn't try
You didn't do nothing

En gros, donc, pendant que le généreux cravaté nous dit qu'il est là pour nous, la bande-son nous explique que oui d'accord, il aurait pu faire quelque chose, mais qu'en fait non, il ne va rien faire.

Now everyone knows just how much I needed that gal
She wouldn't have gone far away
If only you'd started ringing your bell

v-7-1088421-1201176231.jpgPourtant on en avait vraiment besoin de ce fric, il suffisait d'un tout petit coup de pouce et hop, elle serait restée...
A ce stade on se demande si un petit futé d'agence de pub rigole encore de ce petit sabotage, on se demande aussi si le directeur de la communication de la Sogé parle anglais, mais on n'a pas le temps parce que hop-là, on enchaîne déjà sur la conclusion.

Winchester Cathedral
You're bringing me down

Je crois qu'en anglais ça veut dire que la Société Générale est là pour nous aider.

16.11.2009

Chère Ségolène,

Décidément, tu es impeillable.

Mais il faut partir, maintenant.

14.11.2009

Sur le chemin du retour

elle me racontait ses rêves. Le genre de rêves qui vous font enfin comprendre ce que votre inconscient a capté depuis longtemps, de ceux qui font que la nuit porte conseil.
En l'écoutant je me rendais compte que ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas souvenu d'un rêve.

C'est un entraînement, elle m'a dit. Si tu y penses avant de dormir, tu peux t'en souvenir.

J'ai promis d'y penser. Après tout pourquoi pas.
Au milieu de la nuit, je me suis réveillé dans cet état étrange de semi-conscience où l'on est spectateur d'un rêve qui passe en direct sous nos paupières, où l'on pourrait presque en changer le cours. C'était un petit rêve anodin, mais il partait bien.
Et ce matin, idem.

Je me demande si elle a d'autres pouvoirs magiques.

11.11.2009

Fi

Il y a cinq ans, le wifi, c'était un luxe.
Dans cinq ans, le grand luxe, ce sera un endroit sans wifi.

Attention, ça risque de devenir payant.

09.11.2009

Iegor est Gran

9782846823296.jpgBon, on peut rigoler sur les derniers Prix de Flore, mais au départ, quand même... Jaenada, Houellebecq, Ravalec, Despentes - la liste presque exhaustive des auteurs qui me donnent envie de prendre un crayon chaque fois que je les lis. Il manque un seul nom à cette liste : Iegor Gran. Ipso Facto était un bijou d'absurde et d'humour noir, ONG! idem. Avec l'art de la construction, le rythme léger de la narration et la finesse de l'ironie en passant.
Malheureusement, l'effet magique ne marche pas à chaque fois (sur moi en tout cas) - je n'avais pas fini Acné Festival et Les trois vies de Lucie.
Mais avec Thriller, la grâce est revenue.

Je vous fais l'histoire en très bref. Elle tourne autour de Norman -  professeur à Berkeley, homme gauche et de gauche à la recherche de l'équation de l'économie sociale. Un soir à dîner, un collègue malveillant révèle que Norman a volé le portefeuille... d'un clochard. Stupeur ! De fil en aiguille, on en vient à soupçonner le distrait professeur d'avoir occis une blonde dans un parc. Les ingrédients sont réunis pour un thriller domestique, avec un roman à six voix : Norman, sa femme Suzanne (parfaite) qui le trompe avec un doyen falot, un fils qui pirate les caméras de surveillance de la fac, le collègue malveillant, et un mystérieux psychopathe de l'ombre.
Evidemment, Gran s'en fout, d'écrire un thriller, il en retient simplement quelques éléments de construction, et le rythme en crescendo. Et c'est vrai que plus on avance, plus c'est bon.
J'avais déjà connu ça avec Ipso facto : tout en lisant avec le sourire en coin, je me retrouve à savourer comme un étudiant en cinéma qui regarderait un Fellini et se dirait que quand même, putain, il est fort, sur un plan apparemment anodin. C'est qu'une farce en littérature, c'est aussi difficile à réussir qu'une comédie au cinéma (n'est-ce pas, Yann M). Et la finesse avec le sourire, ça n'a pas de prix.

Reste que Thriller, sorti en cette rentrée, n'était pas sur la liste des prix. Mais bon, ne râlons pas, on sait bien que le mérite n'a pas grand'chose à voir là-dedans. Que Gran mérite ou non un prix, on s'en fout. La vérité, c'est que les prixlittérairesTM ne méritent pas Iegor Gran.

 

06.11.2009

Défloré

"Hey pdf, t'as vu, hier c'était le Prix de Flore.
- Ah?
- Paraît que c'était génial, y'avait tout Paris, avec des apparitions d'anthologie!
- Ah.
- Attends, mais... T'y étais pas ??
- Ben non, j'étais avec des africains du BTP et un plongeur du Buci, je leur apprenais à lire.
- Putain, qu'est-ce que t'es snob.
- Bah... On s'y retrouve l'année prochaine ?
- Gros snob.

04.11.2009

Le baobab de Stanley

Couv.+Le+Baobab+de+Stanleybd.jpgJe ne suis jamais allé en Afrique. Du moins, jamais en Afrique noire. J'ai lu des romans, de locaux ou de voyageurs (Boyd, Kourouma, Ravalec), vu des images, entendu plein d'histoires. Juste de quoi confirmer qu'aller en Afrique n'aurait rien à voir avec n'importe quel autre voyage.
Un jour, on m'a proposé de suivre une tournée en Afrique. D'en faire le scribe. Ce n'était pas vraiment une proposition, plutôt une de ces belles idées de fin de soirée. J'aurais dû sauter sur l'occasion, mais elle venait un poil trop tôt - et puis c'est con, c'est très con, mais il restait ce fond de crainte (d'être déçu? d'autre chose?), alors j'ai hésité une seconde, et hop! l'idée s'est envolée. Provisoirement, j'espère.

Je n'étais jamais allé en Afrique, donc, mais j'en reviens tout juste.

Je suis parti avec Guillaume Jan, sur les recommandations d'un autre grand voyageur. Le baobab de Stanley commence, j'imagine, comme beaucoup de récits de voyage : un type se fait plaquer, il a du temps devant lui, pas de projets précis, alors il décide de partir loin, le plus loin possible - et le plus loin, c'est la lettre Z.
Zanzibar, donc. Puis la continent, la Tanzanie, et le chemin de l'Ouest - celui de Stanley en 1877, quand il a découvert le fleuve Congo. Guillaume Jan voyage, au sens pur du terme. Au gré de ses finances et des possibilités de transport Jusqu'à Boma (Congo), sur l'Atlantique. C'est dans ses chaussures qu'on découvre l'Afrique - celle des bus, des barges, du made in China dans les cases au bord du fleuve, des motos qui vous font taxi et que vous vous retrouvez à pousser sur des kilomètres.

Le voyage est long, le livre est court, les deux sont riches. Les élans de romantisme voyageur sont vite stoppés par une piqûre de moustique. L'auteur est trop fin pour ça. (Pratique, la finesse, pour s'effacer derrière son texte.)
Le baobab de Stanley, c'est l'Afrique par petites touches, et chacune qui fait mouche.
Bon voyage.

30.10.2009

Et dire qu'il était là,

à portée de main - à portée de doigt, même, il aurait suffi de cliquer sur l'icône qui me disait que des connexions à distance avaient été repérées par mon ordinateur et hop, le Quotidien serait entré là, il me poursuivait jusqu'au bout du monde mais pour une fois j'ai été fort. A la porte, il est resté (et au pub). Du papier, les mouettes, la mer et word, c'est quand même autre chose que firefox, procrastination et trucs à la con.
Reste à trouver la martingale pour faire pareil à Paris.
Ceci dit pour mémoire.

Sinon cherchez plus, le peuple, il est dans La Voix du Nord.

24.10.2009

Pop

C'est peut-être parce que je revenais de quelques heures dans l'Afrique du XIXe (arrondissement), à lire Metro avec des ouvriers du BTP, que ça m'a frappé.
Sur mon magnéto, une image d'archives. Les années 60, une émission littéraire. On y voit Pierre Dumayet, dans un champ, interrogeant un paysan à qui il avait fait lire Madame Bovary. Et le type d'expliquer que oui c'était long, quand même, tous ces détails, mais que quand même, dans la première partie, etc.
Ce qui m'a frappé, surtout, c'était la simplicité de l'échange, et ce journaliste qui semblait avoir un respect équitablement partagé entre le livre et l'homme au fort accent à ses côtés.

Alors je me suis demandé qui, aujourd'hui, pourrait faire la même chose. Pas forcément à propos de littérature - disons, à propos de n'importe quoi. Quand l'animateur d'aujourd'hui interroge un brave type (paysan ou non), que se passe-t-il ?

1. L'animateur se fout de ce que raconte le brave type. L'important n'est pas ce qu'il dit mais comment il le dit, et surtout on coupe - c'est le show, coco, de toute façon la question suivante est déjà sur la fiche, faut avancer, le flow et le flux.

2. le micro-trottoir (l'abc du journalisme moderne dans le Grand Supermarché : un panel d'étude conso)

3. Le chroniqueur interroge le brave type avec déjà dans la joue ce second degré qui est la deuxième nature des gens bien nés, il est prêt à écouter la réponse mais quelle qu'elle soit il sait qu'il va la détourner - à son profit. Autre dispositif, même conclusion : la distance, le mépris, et le filtre.

Bref, je me disais ça, et j'ai pensé que sans doute j'exagérais, j'ai d'abord effacé ce qui précède, cherché des contre-exemples...
... Et finalement reste cette question, toute nue :

Hormis les jeux ou les merdouilles tire-larmes, où est le peuple dans les médias aujourd'hui ?

Vous avez quatre heures. Prenez votre temps.