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  • ... et dire que le meilleur Montal est encore à venir

    (oui, n'hésitons pas à prendre position)

    montal, nuit du 5-7, séguierComment écrire un roman sur un événement historique sans tomber dans le docu-fiction à faux suspense ? Jean-Pierre Montal a trouvé la solution : en ne racontant pas l’événement - ou à peine !
    « La nuit du 5-7 », c’est celle 1-11 1970, où 146 personnes meurent dans l’incendie du club « Le 5-7 », où se jouait un concert de rock.
    Ne pas raconter l’événement mais en faire la focale de vrais personnages de fiction - la recette est parfaite. Comment M va-t-il échapper à l’événement ? V. avait-elle fugué pour l’y retrouver, ou pour fuir sa famille ? P. va-t-il comprendre ce qui s’est passé avec ses nouveaux amis politiques ? Toutes les années 60 y passent (sur un mode rarement évoqué où 68 est déjà là avant d’avoir eu lieu), et le début des années 70 avec ses ambiances de Melville et de Sautet.

    L’an dernier, Montal a sorti un recueil de nouvelles, ‘Nous autres’ - que je recommande à tous les amateurs du genre (et aux autres). Cette « Nuit du 5-7 » prend son rythme de l’écriture de nouvelles - et pourtant, elle ressemble furieusement aux précédents romans de l’auteur, avec ses thèmes favoris : la musique, la famille, la politique, l’engagement et le désengagement, la place qu’on tient dans un groupe, et dans le monde. Ce doit être ça, bâtir une œuvre.
    Une œuvre dont les livres couvrent désormais la France des années 60 jusqu’aux années 90. J’attends avec impatience le Montal des années 2000, il va faire mal.

    Jean-Pierre Montal, La nuit du 5-7, Séguier (2020)

  • Carnets de solidarité (à remplir soi-même)

    carnets de solidarité, julia montfort, payot« B.a.-ba » aura dix ans bientôt. Il s’en est passé des choses, depuis… Mais je n’oublie pas qu’en 2011 déjà, les journalistes répondaient à l’attachée de presse : « Oh, les sans-papiers, on en parle déjà beaucoup ». Et pas la peine de leur répondre que les personnages du livre en avaient, des papiers, l’amalgame était comme un réflexe.
    Puis est venue la vague de 2015. J’ai continué à donner des cours, à une toute petite échelle j’en ai rencontré quelques-uns, de ces nouveaux arrivants, plusieurs fois j’ai eu envie d’écrire sur le sujet, à chaque fois j’ai fini par me dire : A quoi bon ? Les témoignages existent déjà, les essais sont légion - mais par qui sont-ils lus, hormis par des gens déjà convaincus ? Ils ressemblent à des manifs du 1er mai : utiles pour resserrer les rangs, maintenir la flamme, mais pour changer les choses, il faut d’autres moyens.

    Et puis, il y a ce livre, là. Ces Carnets de solidarité, parfaite distance entre le récit personnel et le document d’enquête.
    Le récit personnel, d’abord : Julia Montfort a sauté le pas un jour et accueilli un jeune Tchadien - une aventure familiale, comme ça l’est souvent (cf le Prince à la petite tasse, d’Emilie de Turckheim).
    Puis elle est partie sillonner la France pour rencontrer d’autres gens qui aident, qui accueillent, qui soutiennent, qui organisent : des particuliers, des associatifs, des responsables politiques.

    Et ça fait du bien, de voir qu’il y a une autre France que celle de Gérald Collomb, de Gérard Darmanin ou de mon voisin du 3e. De rappeler aussi que la solidarité, même entravée, est toujours contagieuse - et qu’il suffirait au fond d’un brin de volonté politique pour mettre en branle de nouvelles énergies, de ce genre d’énergies positives qui font du bien à celui qui donne comme à celui qui reçoit…
    ... Bref ! Il n’est pas si facile en ce moment de trouver un livre dont le message soit à la fois positif et collectif. En voici un. Bravo Julia Montfort, et que vos carnets soient hautement contagieux.

    Julia Montfort, Carnets de solidarité, ed. Payot-Rivages, 2020

     

    > A lire aussi : Je voulais juste une chance de vivre, dirigé par Claude Roméo aux éditions de l’Atelier.
    Des témoignages de "mineurs isolés étrangers", comme on dit - où l’on voit que tout n’est pas noir, que rien n’est très rose mais que parfois la vie l’emporte sur le déni et les labyrinthes administratifs auxquels ils ne comprennent rien (j’ai tenté moi-même d’y comprendre quelque chose un jour pour aider un élève, bon courage). Des témoignages bruts, comme ceux qu’on aimerait parfois recueillir en croisant un regard dans la rue sans oser tendre la main. Un livre, ce n’est pas la vie, mais ça rapproche aussi.