Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Neuf tranches d'Eva Thorvald

stradal, cuisines, rue fromentin, lieu jauneUn bon petit livre vous accroche souvent dès le départ avant de s'étioler – un peu comme un vin de soif : attaque franche mais sans longueur en bouche.
Un grand livre s'ouvre plus lentement au lecteur. L'attaque est plus lente, l'auteur pose les bases avant que les ingrédients se mélangent et que la mécanique s'enclenche.
On m'avait prévenu que le roman ne commençait pas pied au plancher. C'est vrai. Mais après moins de 30 pages, bim ! j'étais dedans sans m'en apercevoir.

"Elle n'avait pas besoin que ses parents soient fiers d'elle, du moment que Randy l'était, et en sa présence, elle sentait qu'elle faisait partie d'un univers adulte et sophistiqué. L'amour qu'il éprouvait pour elle lui donnait l'impression de porter des lunettes de soleil, même quand elle n'en portait pas."
J. Ryan Stradal, Les cuisines du grand Midwest, éd. Rue Fromentin, 2017

Les cuisines du grand Midwest, c'est l'histoire d'Eva Thorvald, une surdouée de la cuisine aux apparitions aussi rares que sublimes.
Une histoire racontée non à travers ses yeux (qu'elle a vairons), mais par le regard de neuf personnages qui l'ont connue, de son enfance compliquée jusqu'à la gloire (qu'elle a modeste) : un éphémère petit copain, une amie jalouse, une pâtissière plutôt salée, un chasseur ne sachant pas chasser...
Neuf chapitres comme autant de nouvelles qui finissent par converger sans qu'on l'ait vu venir, avec un art consommé de l'ellipse et du non-dit.

Les grands-romans-américains (TM) sont souvent roboratifs, riches en goût mais aussi en graisse, pénibles à force de vouloir trop en dire. Les cuisines du grand Midwest donne plutôt dans la finesse, intelligent dans ce qu'il dit, puissant dans ce qu'il ne dit pas, en variant les saveurs jusqu'à ce final où les épices explosent.
Je n'ai pas pleuré mais c'est parce que je suis très fort. Avant ça, j'avais pris des notes mentales sur la fluidité de la narration, l'art délicat de donner voix à des losers sans jamais juger, et la préparation du lieu jaune (entre autres). Et je compte bien m'en servir bientôt.

Bon appétit

 

[Minute pro : les Editions Rue Fromentin ont décidé de ne plus publier que quelques livres par an. Et ça leur réussit. Un jour, comme Eva Thorvald, on finira par leur demander les secrets de leur approvisionnement, parce que sans que les romans se ressemblent, il y a clairement une ligne qui se dessine. Rendez-vous au prochain.]

 

 

Écrire un commentaire

Optionnel