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Vous écrivez ? Ce n'est pas grave (3)

la-harpe-hagarde-ou-mr.jpgDes prétendus guides de conseils aux romans sur l'angoisse de la page blanche, les livres sur l'écriture sont rarement très emballants.
Il y en a, pourtant.
Celui-là, par exemple, que réédite le Tripode : "La harpe hagarde (ou, Mr Earbrass écrit un roman)", de l'illustrateur américain Edward Gorey. Le titre donne le ton, la première ligne aussi :

"Tous les deux ans, le 18 novembre, Mr Earbrass se lance dans l'écriture de son nouveau roman."

Le livre a été publié pour la première fois en 1953, mais il porte très bien ses soixante ans. C'est que les contes, même pour adultes, vieillissent moins que le reste.
Quel conte ? Celui de l'écriture du roman, de l'idée jusqu'à la parution. Avec un héros gentiment snob (l'auteur), un objectif (finir d'écrire ce p... de livre), des ennemis (la procrastination, l'obstination, l'orgueil...), des alliés (l'obstination, l'orgueil...). Il ne manque qu'une princesse (une muse, peut-être ?). Le tout avec un délicieux second degré tirant volontiers sur l'absurde, et quelques petites piques cachées au détour d'une phrase.

la-harpe-hagarde-de-edward-gorey-9781374.jpg"Les derniers chapitres d'un livre sont encore plus éprouvants que les premiers, du moins pour Mr Earbrass. Les personnages lui sont désormais irrémédiablement ennuyeux, comme s'il se retrouvait piégé avec eux depuis plus d'un jour dans une réception ; les parties du récit négligé pullulent, attendant d'être traitées ; ses verbes sont sans âme et ses adjectifs prolifèrent hors de tout contrôle. Pour ne rien arranger, parvenu à ce stade, il redécouvre fatalement l'insomnie. Même la lecture de La plantation des truffes (son premier roman) ne lui permet pas de trouver le sommeil."

Aucun livre ne vous dira comment écrire. Celui-là, à tout le moins, vous dira à peu près tout ce qu'il ne faut pas faire quand on entreprend un roman – avec le plus efficace des sourires en coin.
A bien y réfléchir, je me dis qu'on devrait l'offrir pour Noël à tous les gens qui écrivent.

(Sur ce j'y retourne, j'ai des adjectifs à chasser. A bientôt)

Commentaires

  • Les mots, on croit les maîtriser. Et puis, sans qu'on s'en aperçoive, ce sont eux qui prennent la main. Et là ça se complique…

  • (... mais si on veut reprendre la main, souvent, c'est encore pire^)

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