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Cartes postales

  • Carte postale de Kobe

    Du Japon où on n'a encore passé que quelques heures, on a déjà retenu la propreté, l'organisation collective, les piétons qui font la queue au feu rouge quand il n'y a pas de voitures. Arpentant les rues d'Osaka, on a croisé mille échoppes pour manger sur le pouce, des réparateurs de vélos, des vendeurs de masques hygiéniques, des machines à sous, des magasins d'à peu près tout, mais pas une seule librairie.

    Et puis ce soir-là, à Kobe, peu avant minuit, je tombe sur cette enseigne : Exciting Book Store.
    C'est ouvert.

    On m'avait bien dit qu'il n'y avait pas de voleurs au Japon, mais à l'intérieur, c'est la caverne d'Ali Baba.
    C'est une librairie, pas de doute : il y a des livres un peu partout. Mais on trouve aussi des poches de faux sang, des crackers, des casquettes de base-ball (le sport n°1 ici), des bonnets péruviens (le chantre du cool), des porte-clés, des t-shirts... Un vrai labyrinthe de mini-rayons, comme un immense bordel sauf que tout est parfaitement rangé : on est au Japon, quand même.

    On passe un présentoir de lunettes de soleil et on tombe sur Jack Kerouac, Sur la route, dans une belle édition à moins de 1000 yens (10 euros) qu'on lit à l'envers et de haut en bas. En avançant, on croise Philip K. Dick sur une table, un livre sur Gaudi, J.D. Salinger en pile, Hitler en bande-dessinée, une bio de David Bowie. Dans le fond, à côté d'un étique présentoir de cartes postales (prends garde, voyageur, on trouve de tout, au Japon hormis des terrasses pour boire un verre, des endroits où s'abriter de la pluie et des cartes postales), le plus vaste rayon de ce rez-de-chaussée : celui des guides pratiques et des manuels en tous genres. On n'est pas étonné : dans le bus pour venir, vers 20 heures on côtoyait des écoliers en uniforme qui, cahiers de maths ouverts, se dirigeaient vers leur "seconde école".
    En vedette : les manuels d'anglais. Parce qu'il faut bien le dire : ils ont envie de communiquer, les Japonais, ils sont cordiaux et serviables comme personne, mais entre leur timidité naturelle et leurs douze phonèmes, ils ont un mal fou à parler anglais. Alors on leur propose des livres pour apprendre et se décoincer. Le best-seller dans le genre : How to use bitch (200 pages pour maîtriser un maximum de phrases anglaises où l'on peut utiliser le mot bitch), ou cet autre où je pioche au hasard cette phrase : Excuse me, I didn't get this right, could you shake yout tits ? (je n'invente rien)

    … Et j'allais oublier : tout ça se fait en musique (le Japon urbain n'est qu'une immense bande-son), avec un peu partout des tablettes branchées à des haut-parleurs qui diffusent de la pop nipponne, des imitations Britney Spears, du hard-rock au rayon pantoufles et du piano avec les livres d'entreprise.

    Je crois être arrivé au fond du magasin et au bout de mes surprises quand je découvre l'escalier. Je monte, et là, bim : dans une explosion de couleurs, un immense mur de mangas, des milliers d'histoires sous blister. Une collection complète d'histoires d'amour et de lycée, de super-héros, de baston, d'adolescents torturés et de jeunes filles rebelles ou rougissantes. Au milieu de tout ça, des t-shirts, encore des t-shirts, des figurines, des distributeurs de bonbons et ce qui ressemble à des trucs pour l'haleine...
    On redescend l'escalier un peu sonné, le tout était plus petit qu'une grande librairie à Paris, mais c'était déjà un voyage. On se perd pour retrouver le chemin de la sortie en croisant quelques derniers présentoirs : tapis de souris, sodas, nouilles instantanées... Tout ce qu'il faut pour rester chez soi, au fond – et c'est là qu'on repense à ce qu'on nous racontait sur les Japonais qui ne font plus l'amour, et l'explosion des vierges trentenaires au pays des love hotels.

    A la caisse, enfin, une créature androgyne piercée et maquillée de noir prend mon billet, tandis qu'un jeune homme en t-shirt et chemise à carreaux emballe mon manga et me rend la monnaie : tout cela sans un mot, ou presque, mais avec le sourire, et à deux mains, et en musique.

    Bienvenue au Japon.

    exciting book store, kobe
    (cette photo n'est pas de moi, tu sais bien que je n'en prends jamais)
    (ou alors, elles sont ratées)

  • Te quiero

    jp zooey, margot nguyen beraud, te quiero, asphalteBonnie but la moitié de son verre en deux gorgées, puis dit :
    « J'ai envie de faire l'amour avec un petit cœur doux et tiède.
    - Ah bon, répondit Clyde.
    - Le malaxer d'abord, puis l'avoir en moi pendant qu'il bat toujours. »
    Clyde songea qu'elle essayait de la provoquer ; il prit un air supérieur, fit mine de n'en avoir rien à faire et se gratta la barbe.
    « Mais là, il me faut un moment de silence », dit Bonnie.

    (J.P. Zooey, Te quiero, ed. Asphalte - p. 18)

    C'était l'année dernière, dans un avion pour Madrid.
    Quelques mois plus tôt, j'avais commencé à apprendre l'espagnol dans un manuel (leçon 29 : l'imparfait du subjonctif), et l'heure était venue de confronter mon castillan au monde réel.
    A ma gauche, côté hublot, il y avait une jeune femme. Discrète, svelte, jeans et chemise à carreaux, une coiffure à la Jeanne d'Arc qui commençait à s'émanciper, elle avait le regard vif et un piercing au nez adorable. Elle était plongée dans un roman - mieux, encore : elle était plongée dans un roman et elle riait.

    Le livre était en espagnol, son titre me faisait face et disait te quiero
    La jeune femme au rire malicieux, elle, était française. Traductrice, elle allait régulièrement en Espagne pour chercher les romans qu'elle pourrait avoir envie de traduire, et rêver de châteaux qu'elle pourrait y construire ou d'un deux-pièces à Lavapies.
    - Et pourquoi pas celui-là ? j'ai demandé. Ils ne sont pas si nombreux, les livres qui font rire.
    Elle a dit qu'en effet, pourquoi pas, et au-dessus des Pyrénées nous sommes tombés d'accord : si elle le traduisait, elle laisserait le titre originel.

    Quelques jours plus tard, nous partions tous les deux à l'assaut des moulins à vent dans la Mancha.
    Mon espagnol a progressé, un peu, mais pas au point de lire en VO.
    Et voilà qu'un an après, Te quiero paraît en français. Avec son titre originel.

    L'histoire ? Ah oui, bien sûr.
    C'est celle de Bonnie et de Clyde, à Buenos Aires. "Lui se consacre entièrement à l'écriture, elle étudie le stylisme sans conviction ; chacun vit avec son chat.", dit la 4e de couverture.
    Clyde, c'est le gentil paumé, celui qui a plus peur d'exister que de mourir, et qui mange dans la main de Bonnie, l'irrésistible pulsionnelle – celle qui un instant exige la tendresse de Clyde, et la seconde d'après propose qu'ils aillent ensemble aller braquer un zoo.

    Le roman est court (120 pages) et comme les chansons d'amour, il joue suffisamment de l'ellipse pour qu'on s'y projette. On a tous en nous un côté Clyde, on connaît tous une Bonnie, réelle ou non, qu'on a tour à tour envie de prendre dans ses bras ou d'emmener au bout du monde comme une traductrice de l'espagnol.
    L'écriture, elle, à la fois monocorde et colorée, reflète à la perfection (JP Zooey est un pseudo, je parierais que l'auteur a moult romans derrière lui) les flous d'une relation naissante, entre maladresse et poésie, obsessions et troubles de l'attention. Le monde glisse sur les deux personnages à moins que ce ne soit l'inverse, et bizarrement le livre, lui, ne glisse pas. Une semaine plus tard il en reste plus que des traces : sa charge hardie contre les écrivains postmodernes, les sarcasmes de Bonnie contre les auteurs-de-statuts-facebook, et ce style entêtant...

    Sur ce je vous laisse, j'ai très envie de faire l'amour à un petit cœur doux et tiède.

    A bientôt

     J.P. Zooey, 'Te quiero', éd. Asphalte – traduit de l'espagnol par Margot Nguyen Béraud.

     

  • Le métro reste un sport collectif

    Gare de l'est, ligne 5, début d'après-midi. En direction de Bobigny, le trafic est interrompu en raison d'un accident grave de voyageur. L'histoire doit être récente, on sent flotter le désordre et dans l'autre sens aucun train n'est annoncé. Le quai se remplit, on attend.
    Arrive un type depuis le couloir de correspondances. Il grogne et titube. Pas saoul, je ne crois pas. Disons qu'il n'a manifestement pas toute sa raison. Il s'approche du quai, s'éloigne, lance pour lui-même des phrases incompréhensibles. Les regards se détournent.

    Le train débouche du tunnel et le gars de nouveau s'avance. Je fais un pas, en alerte. Il y a quelques années, je n'y aurais pas pensé. Mais Charlie, mais Germanwings, et Vitry, et la cour des miracles qui grossit. Le gars n'irait pas pousser quelqu'un sur les voies mais un accident grave est si vite arrivé.
    … Mais il s'arrête sagement au bord du quai, comme presque tout le monde presque toujours. Il se trouve peu de monde pour monter par la même porte que lui. Un temps d'arrêt, la rame bien pleine, le métro repart. Le type est debout non loin de moi. Il se penche vers un couple de retraités assis.
    - Incident de voyageur, ça veut dire qu'il y a eu une attaque d'ours !
    Il a parlé fort, il cherche le contact, pas méchant.
    Qu'aurais-bien pu répondre s'il m'avait interpellé, moi ? Rien, sans doute. Je ne saurai pas.
    Le retraité, lui, a levé la tête.
    - Ah oui, dit-il, mais ça dépend si c'est un ours blanc ou un ours brun, ce n'est pas pareil !
    - Très juste, Monsieur, un ours blanc, c'est un incident grave !

    La conversation continuera, absurde, jusqu'à Oberkampf. Le type s'en va, salue, le monde va un peu mieux.
    Merci Monsieur.

  • Un dimanche au Salon du livre

    salon du livre, 2015, auteurs, harlequin, gallimard, intervallesCe n'est pas que je boycotte, mais je n'étais pas à l'Inauguration du salon, jeudi soir. Je n'étais pas non plus à la manifestation des auteurs du samedi, et c'était encore moins du boycott, mais voilà, je chargeais des moulins à vent au pays de don Quichotte, à rêver de châteaux en Espagne qui auraient trois pièces dans le quartier de Lavapies.

    Et puis dimanche, à la descente d'avion ou presque, je suis allé porte de Versailles, pour saluer des amis, pour découvrir des nouvelles choses, humer l'air du temps.
    Bref, pour voir.
    Et j'ai vu, donc : les yeux brillants de l'éditeur d'Intervalles parlant de Terzani, le feu sacré dans la voix d'une éditrice de FLE, une jeune auteure qui rayonne sur son stand avant de bientôt rayonner dans le monde, une autre qui vient de commencer un nouveau roman, et des idées qui s'échangeaient, et des sourires bonhommes. J'ai vu aussi les mines renfrognés d'éditeurs inméconnus relégués au fond du salon et qui mangeaient seuls un maigre sandwich en jurant sans doute qu'on ne les y reprendrait plus. Figures classiques.

    Mais si je devais retenir trois images symboliques de 2015, ce serait celle-ci :
    - la (longue) queue pour les dédicaces Harlequin qui finit par empiéter sur le stand Gallimard
    - le petit Eric Zemmour traversant le salon comme la vie, sans regarder autour, entouré de ses gardes du corps et des perches des télés
    - ... et puis cette éditrice littéraire dans une maison de comptables, consolant ses auteurs tandis que, sur le même stand, plus de cent personnes faisant la queue pour faire signer le livre d'Ingrid Chauvin.
    Moulins à vent, moulins à vent...

    Ah, et il y avait cela, aussi : une appli smartphone pour scanner ta bibliothèque et rencontrer des lecteurs/lectrices de Laclos ou Koestler, et plus si affinités. Booxup n'est pour l'instant disponible que sur iphone ; en attendant, si tu es android, je t'embrasse.

  • Carte postale du bout du monde (4)

    J'allais enfin écrire la suite de cette saga des blogueuses littéraires, il y aurait eu de la joie, de la romance et un zeste d'ironie mordante, et puis finalement...

    Salutations de l'auteur absent de Paris, comme on di(sai)t

    plage, grêle, mouettes, ah c'est bon

    (oui, N°5 est en route)
    (et non, il n'a pas neigé)

  • Carte postale de Minsk

    images?q=tbn:ANd9GcTdxLEO94MzY7-MJkdrxJu7uBYhz3TlkUx4ri7NTUuLtPET0MIhwAC'est un grand parc comme il y en a beaucoup, à Minsk. De l'herbe, quelques allées, des bancs, des arbres et une pluie de feuille morte dans le vent d'automne.
    C'est ici qu'était le ghetto de Minsk, mais personne ou presque ne le sait, vous explique A, qui n'est pas née ici mais habite à deux pas.

    C'est qu'en 1940, près de la moitié de la population de Minsk était juive. Et ça, les Allemands n'aimaient pas trop. Ils ont vite créé un ghetto pour entasser les familles et faire venir d'autres Juifs d'un peu partout en Europe. Je vous passe les détails des conditions de vie, abominables, et des conditions de mort. Il y a d'abord eu la shoah par balles, mais ça coûtait cher en balles, et certains soldats vivaient mal le fait d'exécuter des innocents. Alors on est passé à l'extermination plus massive : voitures à gaz, puis déportation dans des camps polonais où on avait des chambres pour ça. Près de 100 000 personnes sont mortes dans le ghetto de Minsk.

    Comme Brest, Minsk a été détruite à 80 % pendant la guerre. Les Soviétiques eux aussi savent être rationnels : ils ont préféré raser les 20 % restants (disons, 19 %), c'était plus facile pour reconstruire. Et si plusieurs monuments saluent les héros et les victimes de la Grande Guerre Patriotique, dans la Minsk moderne aux larges avenues, du ghetto il ne reste plus la moindre trace, ou presque. (Une sculpture a été érigée un peu plus au sud, figurant des Juifs descendant vers leur exécution. Et des stèles ont été érigées là où était le ghetto, financées par des descendants de survivants.)

    Là, tu vois, on marche sur ce qui était le cimetière juif, poursuit A. Ils ont retiré les tombes et construit le parc par dessus. Elle m'explique que par temps de pluie, parfois, le haut d'une tombe affleure.
    Et justement là, entre deux arbres...

    Minsk, ghetto, tombe juive

    Ce n'était qu'une trace d'Histoire, une poussière par rapport à tout ce qui s'est joué ici voilà 70 ans, mais cette pierre, avec son haut d'inscription en hébreu, concentrait bien plus que n'importe quel lieu de souvenir officiel.

    Un peu comme ce tableau, au musée des beaux-arts de la rue Lénine. Au premier abord il n'accroche pas vraiment le regard, c'est un tableau parmi d'autres figurant la vie quotidienne à Minsk dans les années 10. Il s'intitule L'horloger : on y voit un homme sec et barbu, à sa table de travail. Devant lui s'étalent les instruments de précision, mais pour le moment il est en train de lire le journal.
    En hébreu. 

    img.php?img=18008Bêtement, j'ai regardé à nouveau le titre du tableau. Il ne s'appelle pas L'horloger juif, non, simplement L'Horloger, parce que c'était une évidence, en 1913, d'être juif à Minsk.

    Mais ici, personne ou presque ne le sait.

    Dans le musée, il y avait les gardiens de salle, et moi.

  • Carte postale de Brest (2)

    26292433.26292433.20031124Brestp.jpgC'est l'histoire d'une ville qui, en mille ans d'histoire, s'est toujours retrouvée sur une frontière.

    Pendant les premiers siècles, c'était plutôt une bonne chose : au confluent du Bug et de la Mukhavets, Brest était un carrefour d'échange sur la route commerciale qui menait de la Scandinavie à la Baltique. Ensuite, évidemment, la situation géographique et la prospérité ont attiré les convoitises. La ville a été ravagée par les Mongols, par les Chevaliers teutoniques et les Tatars, elle a été successivement lituanienne, polonaise, russe - jamais le même maître mais toujours à la frontière, toujours la première ou la dernière à y passer en cas de guerre, toujours reconstruite mais jamais pour longtemps.

    Au XIXe siècle, la ville se retrouve à la limite ouest de l'Empire russe. Les stratèges du tsar trouvent l'endroit idéal pour bâtir une forteresse. Alors on détruit la ville et on la reconstruit un kilomètre plus loin, la sécurité de l'Empire est à ce prix.
    Le siècle est assez stable pour Brest, qui prospère  quand, au début de 1915, s'avance l'armée allemande. Ils sont plus nombreux, ils sont plus forts, ils ont l'air peu commodes : les généraux russes décident d'abandonner la forteresse et de se replier sur Minsk. Les Brestois peuvent souffler... Mais les généraux russes, malins, se souviennent de cette tactique de la terre brûlée qui avait si bien marché contre Napoléon. Alors ils rasent Brest. Ils laissent quand même debout la forteresse : c'est ici que Lénine viendra signer l'armistice avec l'Allemagne en février 1918 (la fameuse Brest-Litovsk des manuels d'Histoire).

    Après la guerre, la frontière bouge de quelques kilomètres et Brest revient en Pologne. Pas de chance : en 1939, Staline attaque et se partage la Pologne avec l'Allemagne. Et où se trouve la frontière provisoire entre le Reich et l'URSS ? Sur le Bug, bien sûr. Autant dire qu'en 1941, quand Hitler rompt son pacte avec Staline, c'est par Brest qu'il commence, et pas en douceur.
    Sauf que cette fois, la forteresse résiste ! Pendant près d'un mois, nous apprend l'Histoire officielle, les combattants freinent l'armée allemande, malgré la faim, la soif et le manque de balles. Cette lutte héroïque vaudra à Brest d'être sacrée ville-héros par Staline.
    (bon, en fait, quand on lit entre les lignes au musée de la forteresse, on comprend que la Résistance n'a duré qu'une petite semaine. A l'issue de laquelle les Allemands étaient déjà à Minsk, 300 kilomètres à l'est. Mais les Grandes Guerres Patriotiques ont besoin de lieux de mémoire (la Biélorussie n'en manque pas))

    Aujourd'hui encore, la ville est visitée par quelques touristes russes qui viennent saluer la forteresse, sa porte étoilée et sa statue du Courage. Des enfants de cinq ans s'y font prendre en photo par leur papa debout sur un char, et sur un stand de tir près de la boutique de souvenirs on peut se faire tirer le portrait dans un uniforme de l'Armée Rouge.

    0808c.jpg

    Plus de 500 mètres pour atteindre l'entrée de la forteresse, sur fond de musique militaire et de sons d'époque. Il n'y a pas à dire, les soviétiques savaient y faire pour célébrer la Grande Guerre Patriotique.

    ... Ah oui, j'allais oublier. La ville, elle, a été rasée par les Allemands en 41, reconstruite en 1945. Aujourd'hui le Bug marque la frontière entre la Biélorussie et l'Union européenne, grande zone de trafics en tous genres.
    A l'ombre de sa forteresse, la ville s'est développée tranquillement. Elle a sa place Lénine, son marché, son stade, sa patinoire. L'église orthodoxe et la catholique se font cordialement face, la rue Gogol allume chaque soir ses lampadaires qui figurent chacun des romans de l'auteur.

    Brest compte aujourd'hui plus de 300 000 habitants. Les Historiens la datent de 1019, mais au croisement des rues Sovietskaia et Gogol, la ville a déjà inauguré sa statue du millénaire.
    On n'est jamais trop prudent.

  • Carte postale de Brest

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    Il y avait une heure que j'avais quitté l'Union. J'avais goûté au thé des vieux trains russes, obéi à une douanière très circonspecte sur ma motivation touristique (do you have narcotics ?), rempli des formulaires (un folklore local), puis enfin on m'avait rendu mon passeport dûment tamponné.

    Je suis descendu à l'hôtel Bug, que j'avais choisi pour son nom et sa proximité avec la gare (et dont la réservation, indispensable pour obtenir un visa, m'avait pris près d'une semaine). L'hôtel avait cinq étages, presque tous vides, un magnifique double escalier, de vieux tapis au sol qui sentaient le tabac d'avant la chute du mur, des voisins russes et des toilettes à l'étage. Quant aux chambres...

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    N'était-ce pas exactement ce que j'étais venu chercher ?

    Je me demandais tout de même si je parviendrais à joindre L., dont on m'avait donné le contact sur place. Nous avons le wifi mais il faut acheter une carte spéciale, m'a annoncé la réceptionniste.
    Très bien ! Et où pouvais-je l'acheter ?
    Ici, me dit-elle, froide comme l'hiver sur la Bérézina. Mais je n'en ai pas. Demain peut-être. En attendant vous pouvez utiliser le téléphone de la chambre.
    Je suis remonté. Le téléphone ne marchait pas.

    Alors c'est moi qui suis sorti marcher, histoire de vérifier qu'il n'y avait personne en ville. A mon retour, la réceptionniste m'alpagua.
    - Deux personnes sont venues pour vous, me dit-elle. Il y avait moins d'une demie-heure que j'étais arrivé à la gare.
    - Euh... Oui ?
    - Deux femmes.
    - Ah ?
    La situation semblait l'amuser un peu. Elle ne lâcha aucune info mais un quart de sourire, puis finit par me prêter son portable. Cette fois, L. répondit. Non, elle n'était pas passée avec une amie, pourquoi ? Mais oui, bien sûr, je pouvais la rejoindre.
    Dix minutes plus tard, je lui racontai l'étrange visite. Elle rit, et haussa les épaules.
    Welcome to Belarus !

    Décidément, ce pays sait recevoir.

  • Hiérarchies

    Ligne 7, place Monge, 20h30.
    Le métro s'apprête à repartir, sur le quai un homme s'approche lentement. La cinquantaine, les cheveux gris bien peignés, il a tout du cadre sup. Hormis son oeil, vitreux. Et cette hésitation quand il avance une jambe en touchant la rame.
    Arrive alors un jeune type aux longs cheveux sales, casquette sur le nez, canette à la main.
    - Toi, tu te mets de ce côté, dit-il au type aux cheveux gris en lui montrant les sièges sur le quai.
    L'autre baisse la tête, recule.
    - Voilà, c'est bien.