14.09.2009
Writing by myself
Riga. Après Tallinn la ville-fantôme, c'est moi le fantôme dans la ville, comme un provincial débarquant à la capitale. Il y a les villes qui se laissent traverser et celles qui vous parlent. En général on ne sait pas entendre mais ici, très clairement, Riga me souhaite la bienvenue. Comme Paris elle semble à ma taille, les jeunes femmes bien habillées y ont la même moue boudeuse en bouclier qui dit N'y pense même pas, depuis la gare un canal serpente entre deux pelouses bordées de bancs - Vous êtes charmante, vous vous appelez comment ? - Riga. - Vous avez quelque chose de prévu ce soir ?
Quelques heures plus tard, un virage au hasard, le soleil qui descend, la musique qui monte, et Doma Lauk. Toute la place à été transformée en terrasse géante - une centaine de tables dressées, la pinte à 1 Lats en self-service et un concert de jazz rock, guitariste et bassiste juchés sur un camion de pompiers. S'installer ? Bien sûr. Non loin de cette demoiselle aux yeux clairs et cheveux en boucles, belle comme Marie Perrin et Camille de Peretti réunies (si, si) qui boit un cocktail avec une amie. A peine assis le guitariste annonce "vodka, beer, whisky time" et se lève pour un break. De l'autre côté de la place, un trio prend la place et Besame Mucho. Me voilà seul avec ma pinte en plastique, un carnet dans ma poche et les questions délicieuses de celui qui sait que finalement rien.
(quoique)
Que faire donc avec les grands yeux clairs et collants fuchsia à ma gauche ? Comment gérer la copine ? Le temps d'inventer une dizaine d'invitations (si elles recommandent un verre c'est sûr je), le guitariste revient, en mode blues-rock cette fois, les premières notes font claquer les doigts et me donneraient presque l'énergie de bouger mes fesses, mais la demoiselle vent de demander la note de son Cosmopolitan. Si l'opération de paiement est aussi longue qu'à Tallinn ça me laisserait largement le temps de, mais à la place j'écris dans ce carnet, sourire aux lèvres. C'est très con d'écrire, quelquefois.
(souvent)
Comme les deux inconnues se lèvent et passent derrière moi récupérer leurs vélos, le guitariste se fait Gary Moore et entonne Walking by myself en massacrant les paroles mais on s'en fout. L'ironie élargit le sourire vers le haut. L'enchaînement sur Parisienne Walkways est parfait - une serveuse passe à l'instant, je commande un Rigas Šampanietis (prononcer champ') pour fêter la rencontre. Come together viendra un peu plus tard. J'écris toujours sur le carnet, content d'être là, i love Riga.
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08.09.2009
Le luxe, le vrai
Evidemment les bus "normaux" pour Riga étaient pleins, me dit la femme uniforme à la gare routière. Mais elle avait une bonne nouvelle - "Eurolines Lux" n'attendait que moi.
Qu'appelez-vous luxe ? je demande. Quelques euros en plus, me dit un sourire commercial en me tendant la machine à carte bleue - et bien sûr toute une batterie de service à valeur ajoutée. J'en salivais d'avance.
Maintenant, donc, je connais la définition du luxe.
1/ le free-wifi (youpi)
2/ une bouteille d'eau et un café (une pensée à ce stade pour la famille russe qui s'était payé la classe « Ecoplus » sur le Stockholm-Helsinki, et qui avait eu droit juste devant moi, à un café, deux cacachouettes et trois sourires gratos - bon voyage et merci de reconstruire nos marges)
3/ deux beaux écrans plats avec des clips.
Et là, dilemme. Faut-il imposer MTV à fond à tout le monde ? Quand même pas. Mais les écrans sont là, on n'éteint pas comme ça une valeur ajoutée. Alors le chauffeur règle le son au minimum - résultat : le vrai luxe, chez Eurolines, c'est d'avoir l'impression pendant 4 heures d'être assis à côté d'un type qui écoute son walkman trop fort.
Welcome on board.
Au final, je dois le dire, j'ai été un peu déçu. Le vrai luxe, en bus, c'est le verre fumé et les stries horizontales sur les vitres qui vous protègent du monde extérieur. Là, j'ai pu voir le paysage - en voyage, c'est dommage. La prochaine fois je demanderai la classe Grand Luxe.
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06.09.2009
Carte postale de Tallinn (2)
De la fenêtre de l'auberge on entend les mouettes du port et on contemple la façade défoncée d'une ancienne usine. En se décalant un peu, on aperçoit un tout nouveau Palais du design à l'architecture osée. A côté d'un café de métalleux, une petite cabane en bois avec sa mini-éolienne assure des animations écolo, deux types éclusent une bière sous un haut parleur qui diffuse timidement une soupe populaire.
Sortant des ruines, le seul cinéma du nord de la ville, au nom prometteur de chefs d'œuvre méconnus : Coca Cola Plaza (l'Estonien est cinéphile). A sa droite, un casino annonce par un picto à l'entrée que les pistolets sont interdits. Continuer vers le parc. Se diriger vers l'arbre, là-bas au fond, sur lequel a été placardé une affiche. Surprise : hormis son en-tête Vabadus, l'affiche est vierge.

Renseignement pris, Vabadus signifie Liberté. (Mälu Taastu, en revanche...) Qui a mis ces affiches un peu partout dans la ville ? On ne sait pas.
L'idée pourrait être reprise.
Et la liberté, là, c'est de prendre le bus pour Riga.
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02.09.2009
Carte postale de Tallinn (1)
A en croire ce qu'on m'avait dit à Helsinki, Tallinn, c'était Carcassonne et Tijuana dans une même ville. Carcassonne pour la ville médiévale enfermant les touristes dans ses remparts. Tijuana pour la débauche des Finlandais venus en voisins se bourrer la gueule à peu de frais.
Et c'est vrai qu'on les avait vus, ces Finlandais débarquant du ferry par familles entières avec des caisses entières de bière et de vodka, fins saouls le plus souvent, jusqu'à ces ados souffrant encore de la cuite de la veille au point d'en boire du soda. "Tu verras, c'est pire de l'autre côté", m'avait dit J.
Elle se trompait.
Le Finlandais ne vient pas se bourrer la gueule à Tallinn, il prend juste le bateau (2h) pour acheter de l'alcool détaxé.
Et une fois arrivé en ville...
D'abord il a fallu franchir le rempart, par des ruelles en angle droit, comme si Tallinn n'avait pas tellement envie qu'on y entre. Puis, une fois sur le pavé de la vieille ville... Personne. Une ville fantôme. Le long des rues principales, de longues terrasses dressées, sans le moindre client. Je me dirige vers St Olaf, ce clocher qu'on voit de très loin. Les Estoniens se cachent, les touristes aussi. J'en croise quelques-uns, seuls ou par deux, plan en main, regards en point d'interrogation. Comme si nous étions les participants d'un jeu de piste dans une ville abandonnée.
Je monte un peu vers la ville haute, un type pisse dans un parc mais il est seul. Je recroise les mêmes touristes. Je redescends. Soudain, un virage, de la musique - It's a shame. C'est le DM bar (je te jure). Deux clients. Un peu plus loin le bruit s'intensifie, un jeune couple débarque avec un sac McDo. On approche de l'hôtel de ville, la vie reprend peu à peu. Une place, des rues, des terrasses remplies... et un Pédalipub où tu montes à huit pour pédaler en te faisant servir des pintes. Nous sommes à l'Est, nous sommes au Nord, maintenant c'est sûr.
Mais une rue plus bas tout s'évanouit.
Samedi soir, Tallinn est une toute petite ville.
***
Dimanche matin, 9 heures. Les remparts sont plus accueillants sous le soleil. La ville semble la même mais elle s'est déguisée - l'offre et la demande, et le touriste demande du médiéval. Tallinn ressemble toujours à un jeu de piste, mais maintenant la ville s'agite dans tous les sens. C'est l'épreuve par équipes. Des Anglais, des Russes, des Allemands, des Italiens.
A gauche un stand de tir à l'arc propose de revêtir un chasuble pour optimiser l'expérience client. A droite un couple en costume invite à entrer dans un mignon petit musée de la torture.
Je reste dans la rue, à regarder le jeu.
Ce sont les Allemands qui ont gagné.
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10.08.2009
Carte postale d'Helsinki (1)
Pendant des siècles, la Suède et la Russie se sont disputé la Finlande.
Aujourd'hui, ce serait plutôt Clearchannel et JCDecaux.
Et c'est très pénible, quand on se déplace un peu au hasard avec un plan approximatif, de voir que deux arrêts de bus sur trois s'appellent JCDecaux.
(Sinon ça va, merci)
Bon, promis, j'en ai de (beaucoup) plus belles, de cartes postales, mais vous savez ce que c'est - la poste est toujours un peu plus lente, au mois d'août.
En bonus parce que je suis sympa, cette installation de Jani Leinonen (tout est en fil électrique) ou ce Darth Vador d'Anssi Kasitonni (admirer le pas martial du "plus gros casque du village"). A Helsinki, l'air est frais, l'art aussi. Salut.
10:26 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
07.07.2009
Talons hauts, jupe fendue (complètement fêlée)
13h40. Personne ne l'avait annoncé, mais c'est défilé de mannequins près de la Porte St Martin - united colors of top models, avec une prédilection pour le blond et l'accent russe. Au bord des rades du Xe les ports sont altiers, les gorges déployées, les attitudes sûres d'elles-mêmes et les talons très hauts sur les pavés. « Je suis belle et c'est mon métier », disent les têtes et les jambes.
Mais l'homme de la rue, porte St Martin, ne s'en laisse pas compter. Il voit bien, lui, que la beauté est très loin d'ici, sans papier glacé le canon russe le laisse froid. Surtout quand son regard tombe sur la grande blonde maigrichonne, en queue de défilé, aussi gracieuse que si elle tentait de franchi une rivière en marchant sur des galets. Elle a deux types à ses côtés, c'est peut-être elle la star du groupe. Mais quand le booker montre la star l'homme de le rue, lui, regarde le doigt. Ou plutôt les bras. Et les jambes. Faut dire qu'on les voit bien, ses jambes, tant la jupe est fendue. Elles sont aussi épaisses que les baguettes du restau japonais où on lui conseillerait bien d'aller manger, là tout de suite.
La rue s'est tue pendant que passaient les mannequins, maintenant les badauds se regardent avec un sourire pincé. Pas un pour tomber dans le panneau de la beauté de rêve. Ici, pas de regard du photographe, juste une dizaine de personnes qui se regardent entre elles et qui savent qu'elles pensent toutes la même chose.
Que pute de luxe, décidément, n'est pas un boulot alimentaire. Que cette jupe fendue était bien dure à voir. Et qu'il faut être bien fêlé pour s'imposer ça.
Qui a donc décidé de remplacer les canons de la beauté par des baïonnettes ?
(Salut à toi, copine en jeans)
16:47 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
02.07.2009
La nana de la pub ipod
Elle est montée à Chateau-d'Eau, de la vapeur de sueur montait déjà dans le wagon. Petit short bleu, top rouge et ongles vernis au bout des tongs - même sa peau avait le bronzage fluo. A la poche de son short, elle avait clipé un mini-baladeur qui l'isolait du monde. Avant de comprendre qu'elle était faite de chair et d'eau, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces filles un peu abstraites qui dansent la modernité triomphante dans les pubs 3.0.
Parisienne ? Touriste ? Peu importait - elle était citoyenne du monde et habitait dans son ipod.
Quand elle s'est glissée en face de moi, j'ai entendu dans ses oreilles les basses tranquilles d'une rhythm'n'soup internationale. Ça se confirmait. Elle a commencé par se contempler les ongles. A chaque vermicelle dans la soupe elle se mordillait les lèvres de plaisir, au refrain elle souriait, ouvrait légèrement la bouche pour former quelques sons muets, et tout du long elle dodelinait de la tête comme-à-la-TV. De temps en temps elle regardait un peu le monde autour, toujours souriante, presque étonnée de voir d'autres gens.
L'échange a été joli quand elle a vu qu'en face d'elle je prenais des notes - j'aurais pu être en train de faire son portrait au fusain, ça aurait été pareil. Elle m'a regardé écrire quelques instants (au crayon sur le dos d'une couverture de papier glacé - illisible) puis a fermé les yeux pour rentrer dans sa musique. Quand je levais les miens, je la trouvais regard mi-clos, le menton toujours en rythme.
La seule chose qui m'a fait comprendre que je n'avais pas en face de moi une publicité vivante, c'est quand son oreillette droite est tombée et qu'elle a dû la remettre. Sans cesser d'onduler.
Puis le métro s'est arrêté à Odeon et je suis descendu. Si j'avais su dessiner je lui aurais laissé son portrait. Malheureusement...
Elle m'a regardé descendre, elle est restée sous terre et continuait à planer au-dessus de la ville.
18:54 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
14.06.2009
Ballet dominical (I want my Kate Moss)
Jean taille basse, t-shirt et lunettes noires, démarche chaloupée, elle avançait seule vers la Porte. Dans sa main droite la baguette du dimanche matin ; dans l'autre (cherchez l'intrus) un petit arrosoir en plastique multicolore. Etonnante jeune mère. Je l'ai regardée marcher jusqu'à ce que je puisse lire l'inscription que portait son t-shirt.
I WANT MY KATE MOSS
Dix mètres en arrière marchait un type du même âge, bermuda et vieilles baskets, t-shirt informe, aucun slogan sur la poitrine sinon une tâche de sueur naissante. Ses deux gros sacs Franprix pesaient lourd au bout des bras.
J'imaginais déjà leur vie de couple, quand le sherpa a tourné à gauche dans le Passage.
Kate Moss, elle, a continué tout droit.
11:34 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
26.05.2009
Hier encore,
il faisait beau. Le long de la Seine, Paris ignorait superbement tous ces gens occupés à optimiser dans des bureaux climatisés. Il y en avait, pourtant.
Un instant j'ai imaginé ce que pouvait penser un touriste sur le parvis de Notre Dame en voyant un jeune type déguisé en cadre flânant sur les quais en sifflotant après un déjeuner de travail. Avoir cette ville pour lui, ses monuments, ses arbres, son histoire et le reste, et tout ça chaque jour de la semaine, quand même, c'est dingue, il devait se dire.
L'instant d'après, j'ai réalisé que le jeune type déguisé c'était moi.
Allez, encore une semaine et j'en profite vraiment. Pendant ce temps-là, il peut bien pleuvoir une dernière fois.
PS - vous étiez brune, habillée de noir et de blanc, je n'ai même pas eu le temps de voir si vous étiez vraiment jolie mais qu'importe : il était 20h30 environ, vous couriez vers la porte du stade Lumière entre les portes de Montreuil et de Bagnolet, vous joggiez en souriant, et à la main vous aviez, on ne peut pas se tromper, un pavé couleur chair NRF. Je vous ai aimée un demi-seconde, c'est un peu court mais c'était bon.
08:00 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
06.04.2009
Small Torino
Avant d'arriver à la Maison de Disques où travaille la jeunesse branchée, il y a un Passage.
Pas le genre de nirvana bucolique où le flâneur hume la douce odeur de fleurs luxuriantes sous le regard suspicieux du copropriétaire de garde. Pas non plus le coupe-gorge abandonné qui sent la pisse de chien et le mauvais polar, cela dit. Dans le Passage qui mène de la Porte à la Maison, on trouve un squatt, quelques façades joliment retapées, une poubelle renversée, un arbuste un peu triste d'être tout seul et des rires qui s'échappent d'une fenêtre.
Le Passage, c'est aussi le lieu idéal pour des collégiens, qui viennent fumer en cachette, engraisser McDo et taper la discute.
Taper la discute et taper des gens, ce n'est pas pareil, mais quand les jeunes sont noirs comme des blousons, allez savoir, certains ne voient pas la différence.
Ainsi cette jeune dame qui attendait tout à l'heure, à l'autre bout côté Porte. Avisant une bande-de-jeunes (six, au moins) au milieu du passage, elle attendait terrorisée, et décidait d'appeler la police la Maison de Disques pour savoir s'il n'y aurait pas par hasard un autre passage chemin.
Peut-être m'a-t-elle pris pour un héros quand j'ai traversé le Passage. Non seulement je suis arrivé sain et sauf, mais aussi (d'où tiens-je donc cette aura chamanique ?), les Jeunes s'étaient poliment écartés pour me laisser passer, trois à gauche, trois à droite, j'ai failli leur demander de faire une ola.
Tandis que j'arrivais à hauteur de la jeune dame blanche, une vieille femme noire à la mine renfrognée s'est engagée d'un pas résolu dans le Passage. Elle avait l'air d'une autochtone qui sait ce qu'elle fait et qu'on n'a pas intérêt à emmerder. Alors, lâchant son téléphone, Blanchette a pris son courage à deux mains et s'est engagée à son tour.
Je n'ai pas vu la suite, le métro allait partir et une seconde de perd*... Bref.
Aux dernières nouvelles, elle aurait réussi à passer.
* on en reparle bientôt, tiens. Le temps que je.
15:10 Publié dans Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

